Warsh reprend le flambeau de Powell
Jeudi soir, le président Trump avait déjà laissé entendre ce qu’il en serait, avant de confirmer sa décision vendredi: Kevin Warsh succèdera à Jerome Powell en tant que président de la Fed au terme de son mandat en mai. Ainsi, une partie de l’incertitude qui étranglait inutilement les marchés depuis plusieurs mois se dissipe enfin. Nous pouvons adopter plusieurs approches pour expliquer la réaction des marchés depuis jeudi. La plupart renvoient à la nomination, mais tout n’est pas cohérent.
Première approche: “cela aurait pu être pire”. Parmi les candidats restants sur la liste, il y en avait d’autres qui passaient beaucoup plus pour des pantins (de Trump). Warsh a déjà siégé à la Fed et sait que le bien le plus précieux de la banque centrale, c’est sa crédibilité. Par exemple, la nomination de Kevin Hassett, président du Conseil économique national, aurait réveillé le débat sur l’indépendance de la Fed. Avec le choix de Warsh, le renouvellement du mandat de tous les présidents des districts régionaux de la Fed et le soutien de la Cour constitutionnelle à l’endroit du membre du conseil Lisa Cook, ce n’est plus d’actualité. Et bien que son mandat de président de la Fed arrive à échéance, Powell peut encore rester membre du conseil jusqu’au 31 janvier 2028. Pour l’instant, il se mure dans le silence. La dernière fois qu’un président de la Fed est redevenu simple membre remonte à 1948, avec Marriner Eccles. Mais depuis les assignations à l’adresse de la banque centrale, Powell en fait une affaire personnelle: la quitter en échange de l’abandon des poursuites reviendrait à céder à la pression politique qu’il dénonce. En restant, il priverait Trump de l’opportunité de placer d’ores et déjà un pion supplémentaire à Washington. Le risque extrême d’une Fed politisée est ainsi couvert. Sur le marché des changes, la déchéance du dollar s’interrompt. Le cours EUR/USD corrige de niveaux supérieurs à 1,20 la semaine dernière, vers 1,1850. La tendance monodirectionnelle lourde vers des alternatives au dollar se grippe complètement. Finalement, tout ce qui brille n’est pas d’or: à l’instar de l’argent (-40% par rapport au pic), le métal jaune (-20% par rapport au pic) renonce à ses bénéfices disproportionnés de janvier.
Deuxième approche: “le passé guide l’avenir”. Entre 2005 et 2011, Warsh a vécu la crise financière de près en tant que membre du conseil des gouverneurs de la Fed. À l’époque, il était particulièrement avers au recours au bilan de la Fed (achats d’obligations) comme instrument de politique. Une deuxième action en ce sens a même provoqué sa démission anticipée. De fait, l’énorme injection de liquidités a propulsé les actifs risqués à des sommets sans précédent jusqu’à aujourd’hui. Par exemple, le S&P 500 américain a franchi la barre des 7 000 pour la toute première fois la semaine dernière. Certains craignent que Warsh voudra continuer à réformer la politique bilantaire (autrement dit: fermer le robinet de liquidités), mais c’est une réflexion prématurée. Il existe des limites de liquidité à la réduction du bilan de la banque centrale – demandez à Powell, qui a payé cher cette leçon en 2018. Une autre interprétation veut que Warsh tiendra les choses en l’état, mais qu’à l’avenir, il n’utilisera pas (ou utilisera beaucoup moins) le bilan comme outil de crise. Une coordination plus étroite avec la politique du secrétaire au Trésor ou ministre des Finances Bessent est également une piste. Avec un bilan relativement plus léger, l’importance du taux directeur de la Fed augmentera d’autant. Il en résulterait une courbe des taux américaine plus raide, bien que pour l’instant, cela ne se remarque guère. Par contraste avec les marchés des changes, des matières premières et, dans une moindre mesure, des actions, la réaction des marchés reste pour l’heure extrêmement maîtrisée. Les acteurs professionnels ne croient toujours pas vraiment à un nouvel abaissement de taux de la Fed en juin. Ils maintiennent leur conviction d’un plancher à 3% pour fin 2026. Le taux américain à 30 ans corrige même légèrement, en s’éloignant du seuil douloureux de 5%.
Prix de l’or (USD/once): forte correction sur une tendance monodirectionnelle lourde