L’industrie allemande (PMI) reprend son rôle de locomotive
Nous nous approchons de la dernière semaine du mois et donc de la publication des indices des directeurs d’achats (PMI). Les indicateurs de confiance des entreprises constituent le baromètre économique le plus en phase avec la réalité du moment et tirent leur valeur de leur capacité à prédire la croissance. Les séries sont calibrées de telle sorte qu'un chiffre inférieur/supérieur à 50 correspond à une contraction/expansion de l'économie au cours du mois sous revue.
Comme à son habitude, le bureau d'études qui publie les PMI (S&P Global) commence par la France et l'Allemagne. En France, la croissance a stagné en février (49,9), tant dans l’industrie manufacturière (49,9) que dans le secteur des services (49,6). Malgré des hauts et des bas, on observe tout de même des signes d'une reprise progressive depuis le creux de début 2025, lorsque les incertitudes politiques et budgétaires était à leur paroxysme. Cette ombre continue d'ailleurs de planer. S&P affirme ainsi que les élections présidentielles de l’année prochaine se font déjà sentir. Cela n'empêche que les entreprises se montrent plus optimistes pour l’année à venir qu’elles ne l'étaient en moyenne en 2025. À plus court terme, les firmes hexagonales vont continuer à souffir de la faiblesse de la demande (surtout étrangère), malgré les fortes réductions de prix dans le secteur des services. La contraction de la demande entraîne une diminution du travail à réaliser, ce qui débouche sur une croissance de l'emploi plus faible, voire nulle.
En Allemagne, la situation paraît nettement meilleure (53,1 comparé à 51,1 en janvier). "Hourra, l’industrie allemande a renoué avec la croissance." "L’évolution dans le secteur des services est encourageante." S&P est visiblement soulagé. L’industrie manufacturière (50,7) progresse pour la première fois en plus de trois ans et demi. La forte demande (à son niveau le plus élevé en quatre ans), tant des pouvoirs publics (défense) qu'en provenance de l’étranger, laisse présager le meilleur pour les mois à venir. Cela fait deux ans et demi que l’emploi ne s’était plus contracté à un rythme aussi lent. Une situation qui contraste avec celle dans le secteur des services, où l'emploi a connu sa baisse la plus rapide depuis 2020, en raison des mesures prises pour diminuer les coûts et compenser le ralentissement de la demande. Mais S&P mise sur des évolutions favorables dans l’industrie manufacturière, qui devraient soutenir l'activité dans ce secteur (53,4), déjà à son deuxième niveau le plus élevé en près de deux ans. L’optimisme général pour les 12 prochains mois a atteint son point l plus haut depuis mai 2024.
L'évolution de l'industrie allemande se répercute aussi au niveau du baromètre européen, qui n'a plus été aussi élevé depuis 44 mois (50,8, contre 49,5 le mois précédent). Ce n'est d'ailleurs que la deuxième fois depuis juin 2022 que l'indice passe la barre des 50. Mais S&P considère désormais qu’il existe une base solide pour la reprise, avec des carnets de commandes qui se remplissent, des achats de matières premières en hausse et un optimisme à un sommet en quatre ans. Le secteur des services (51,8 contre 51,6 en janvier) demeure le moteur de la croissance, mais la légère contraction de la demande et la stagnation de l’emploi (pour la première fois en cinq ans) indiquent un essoufflement par rapport au quatrième trimestre. Le secteur est néanmoins optimiste pour l’avenir (de même que S&P). La pression à la hausse sur les prix pour les entreprises est intense, avec une accélération particulièrement marquée dans l'industrie. Pour le consommateur final, la vie redevient un peu plus chère. Le rythme de l'inflation est toutefois légèrement plus lent qu'en janvier, grâce à des hausses de prix légèrement moins importantes, mais toujours (trop) rapides dans le secteur des services. Nous souscrivons à la conclusion de S&P selon laquelle la combinaison d’une inflation élevée des services et d’une croissance économique stable (51,9 contre 51,3) n’oblige la BCE à rien. Le marché reste calme, que ce soit au niveau des taux européens ou au niveau de l’euro. La géopolitique, qui était restée au second plan jusqu'à cette semaine, pèse davantage, surtout aujourd'hui. La probabilité d’un conflit armé entre les États-Unis et l’Iran a fortement augmenté ces derniers jours. Le spectre d’une escalade a déjà propulsé le prix du Brent bien au-dessus des 70 dollars le baril, tout en accordant au dollar le bénéfice du doute.
EUR/USD : les PMI encourageants ne font pas le poids face à la géopolitique.