Panique dans la logistique
Algorhythm Holdings a récemment nourri les craintes de voir les "nouvelles solutions d'IA" faire plier les entreprises de transport et de logistique traditionnelles, profondément ancrées dans le tissu économique. Les actions d'entreprises telles que C.H. Robinson, RXO et Landstar ont dévissé suite à l'offensive lancée par Algorhythm sur le secteur conventionnel de la logistique.
Groupe de karaoké
La "petite entreprise" qui fait fureur est cotée au Nasdaq (ticker : RIME). Avant de se positionner comme une firme technologique active dans l’IA, la société opérait dans le secteur des équipements de karaoké. Le 12 février, elle a publié un communiqué de presse et un livre blanc dans lesquels elle a annoncé que sa "technologie" et sa "plateforme" associée allaient révolutionner le secteur de la logistique, très intensif en main-d'œuvre, en "l'automatisant".
La plateforme IA d’Algorithm s'appelle SemiCab. Il s'agit d'une plateforme de transport collaborative basée sur l’IA qui utilise des algorithmes prédictifs et auto-apprenants pour optimiser les réseaux de fret. L’étude affirme que les entreprises de transport pourront augmenter leurs volumes de fret de 300 à 400 %, sans personnel supplémentaire. Les opérateurs pourront gérer plus de 2 000 chargements par an, soit facilement quatre fois plus que la moyenne du secteur, et réduire le nombre de trajets à vide de 70 %. Et ce, avec peu d'interventions manuelles pour la planification, la gestion des exceptions et la coordination du réseau. Coûts réduits et efficacité accrue donc.
Panique, oui mais…
Il est pour le moins difficile de savoir si ces conclusions sont effectivement mesurables, reproductibles et applicables à plus grande échelle. Des questions se posent également quant à la pertinence des données dans une organisation logistique plus importante. Ce qui est cependant certain, c'est qu'Algorhythm a provoqué un mouvement de paniqe en Bourse et que tous les acteurs ont vu leurs cours plonger. Le parallèle avec le secteur des logiciels (SaaS), également fortement touché, est évident : la moindre "publication" sur l'effet disruptif de l'IA sur les modèles d’activité suscite plus de réactions de panique que de questions critiques.
Fait, fiction et action
C.H. Robinson a beau avoir déjà amélioré sa productivité de 40 % grâce à l'IA, les pressions à la vente ne se sont relâchées que quelques jours plus tard. De plus, la toute nouvelle plateforme SemiCab n'a aucune incidence sur les résultats financiers de l'entreprise et Algorhythm ne collabore que depuis peu avec de grands transporteurs. Le groupe manque de crédibilité en matière d'IA et de logistique et ne pèse pas non plus très lourd en termes de valorisation boursière (18 millions de dollars !).
Le temps le dira
Alors que les analystes prennent leurs distances par rapport aux oiseaux de mauvais augures, la vraie question est de savoir si ce type de mouvement de panique reflète un véritable scepticisme quant à l'impact de l'IA sur le secteur des logiciels en général. Non, tous les fournisseurs SaaS ne seront pas en mesure d'adapter leur modèle commercial assez rapidement et/ou avec succès. Regardez à cet égard l’évolution de la valeur de marché des sociétés de presse américaines (2002-2011). Les moqueries autour du "pessimisme extrême des investisseurs" ont finalement eu raison des estimations trop optimistes des analystes, malgré des tendances claires telles que la numérisation, la baisse des recettes publicitaires et le recul des tirages. Oui, la récente "panique dans la logistique" était exagérée, voire un peu absurde, mais à long terme, l’IA s'apprête bel et bien à écrire une nouvelle page de l'histoire.
Évolution de la valeur boursière du secteur de la presse par rapport aux attentes des analystes.