Fed à nouveau en position attentiste
Les journalistes présents étaient tous en train de s'agiter impatiemment sur leur siège au moment où le président de la banque centrale américaine s'est lancé dans sa première déclaration de politique de l’année : "Le comité a décidé de laisser le taux directeur inchangé…". "Oui, monsieur Powell, nous le savions déjà et ce n'est pas pour entendre cela que nous sommes ici." Leurs visages parlaient pour eux.
Les questions posées étaient tellement éloignées du sujet du jour que la séance de questions-réponses après la présentation de Powell a dans un premier temps ressemblé à une interview de tabloïd. C'était comme s'ils s'étaient mis d'accord entre eux pour savoir qui oserait pointer du doigt l'éléphant dans la pièce. Associated Press a lancé les hostilités : pourquoi Powell a-t-il assisté à l’audience de sa collègue Lisa Cook devant la Cour suprême ? Ne s'agit-il pas d'un message politique ? Sur le fond, l’affaire porte sur le pouvoir du président de révoquer des membres du directoire de la Fed (et de les remplacer par des personnes partageant les mêmes idées que lui). Selon Powell, il s’agit de l'affaire la plus importante des 113 années d’histoire de l'institution. Il aurait été difficile d’expliquer pourquoi il n'y était pas. Est ensuite venu le tour du Wall Street Journal, qui s'est interrogé sur la convocation du ministère de la Justice à propos du coût jugé excessif d'un projet de rénovation et le message vidéo particulièrement incisif de Powell à ce sujet. Bloomberg a pour sa part voulu savoir si Powell resterait gouverneur au terme de son mandat de président (mai). Le Financial Times a enchaîné en demandant des explications sur la récente chute du dollar. Enfin, Fox Business s'est enquis de la succession de Powell et de la manière dont la transition se déroulera. Recevant à chaque fois une réponse de type "no comment", toutes les questions sont directement tombées à plat. Bonjour l’ambiance… Passons au sujet du jour. À vous la parole Jerome.
"Le comité a décidé de laisser le taux directeur inchangé à 3,5 %-3,75 %." Ce statu quo est le premier depuis que la banque centrale a repris le cycle de normalisation l’année dernière, avec trois baisses consécutives de septembre à décembre. Personne ne s’attendait vraiment à autre chose hier. Rien dans les chiffres économiques publiés ces dernières semaines n’a incité les responsables de la banque centrale à intervenir une nouvelle fois, à l’exception de Miran (la marionnette de Trump) et Waller (candidat à la présidence de l'institution). Bien au contraire. La situation économique s’est manifestement éclaircie depuis la dernière réunion de politique et le marché du travail commence à se stabiliser. Les risques baissiers qui ont justifié les baisses de taux de l’année dernière diminuent et ne sont plus mentionnés dans la déclaration de politique. Les risques de hausse d’inflation se sont également atténués. L'indice des prix des dépenses de consommation personnelle (PCE), l'indicateur préféré de la Fed, est passé au-dessus de l’objectif de 2 %, en raison d’une hausse des prix des marchandises considérée comme ponctuelle (droits de douane). La pression sur les prix dans le secteur des services, plus important, évolue en revanche dans la bonne direction. En d’autres termes, la balance des risques entre les deux mandats (stabilité des prix et plein emploi) se rééquilibre, même si Powell n'a pas voulu le dire explicitement. Cette situation permet à la banque centrale de reprendre une position attentiste. Ce n’est que lorsque les chiffres l'exigeront que la Fed repassera à l'action.
Les marchés financiers n'ont pas vraiment eu de nouvelles informations à se mettre sous la dent lors de la réunion d'hier. En témoigne leur réaction très limitée. Pour les actifs américains, et le dollar en particulier, ce sont surtout des facteurs (géo)politiques qui pèsent dans la balance à l'heure actuelle. De plus, les investisseurs tablaient déjà avant la réunion sur un prolongement du statu quo en mars et avril. Ils en ont eu la confirmation hier. Pour juin, tout reste en revanche ouvert. Il s’agira en effet de la première réunion dirigée par le successeur de Powell, nommé par Trump.
Prévisions du marché concernant le taux directeur de la Fed : plus aucune baisse sous la houlette de Powell.