Trump repart à l’assaut contre la Fed
Dans la dernière ligne droite de son mandat de président de la Fed, Jerome Powell relève le gant. Une assignation présentée à son adresse a été la goutte d’eau proverbiale. Officiellement, la querelle porte sur les frais de rénovation du siège de la Fed, qui ont dépassé le budget. Officieusement, c’est une nouvelle escalade dans la croisade du président américain Trump, qui veut à toute force des taux plus bas. Les midterms ou élections de mi-mandat auront lieu en novembre et l’administration compte sur le sujet du coût de la vie pour préserver sa majorité au Congrès. Bas les masques, réagit Powell dans un communiqué officiel: la menace d’une enquête pénale n’est autre qu’un prétexte. Le véritable enjeu est de savoir si, à l’avenir, la Fed pourra continuer à déterminer les taux d’intérêt (la politique monétaire) sur la base de l’environnement économique, ou si la décision sera désormais influencée par des actes de pression ou d’intimidation politique.
Pourquoi le débat sur l’indépendance de la Fed se ravive-t-il maintenant? Ce n’est pas un hasard: après le rapport sur le marché du travail pour le mois de décembre, il n’y a aucune chance de voir un quatrième abaissement de taux consécutif le 28 janvier. Bien que les payrolls ne prêtent pas à l’euphorie, la situation sur le marché du travail ne s’est pas détériorée. Selon l’enquête auprès des entreprises, la création nette d’emplois (+50 000) est inférieure aux attentes du marché (+70 000). Les révisions à la baisse pour les chiffres d’octobre/novembre (-76 000) ont encore aggravé le bilan. Néanmoins, la baisse du taux de chômage (de 4,5% à 4,4%) a compensé le rapport des payrolls. Cette statistique dérive d’une enquête distincte, à portée plus réduite, auprès des ménages. Le nombre d’Américains qui se classaient comme ayant une occupation a augmenté de 232 000 pour atteindre un record absolu, juste en dessous de 164 millions.
La tension entre les risques baissiers pour l’emploi et les risques haussiers pour l’inflation se maintient. Contrairement au trimestre précédent, la banque centrale américaine n’est pas disposée à adapter encore sa politique, car le taux directeur se situe désormais dans la fourchette neutre. Pour Powell et la majorité des membres du FOMC, c’est la zone Boucles d’or pour la politique – tant que l’équilibre des risques autour du double mandat de la Fed est respecté.
Outre les payrolls, le président Trump prévoit de nommer son candidat pour succéder à Powell avant la fin du mois. Kevin Warsh, un ancien membre du conseil d’administration de la Fed, et Kevin Hassett, l’actuel directeur du National Economic Council, sont les favoris pour le poste. Tous deux parlent le langage (monétaire) de Trump, l’un (Hassett) un peu plus fort que l’autre (Warsh). Il est vrai qu’une seule personne ne fait pas la pluie et le beau temps au sein de la Fed, mais la crédibilité et l’indépendance de la banque centrale seront à nouveau entachées. Stephen Miran, le dernier membre du conseil des gouverneurs nommé par Trump, prêche dans le désert en plaidant pour une réduction supplémentaire de 150 points de base des taux d’intérêt.
Ce matin, le marché renoue avec le “Sell America” trade, qui avait déjà dominé la dynamique autour du Liberation Day. Concrètement, les marchés exigent des primes de risque plus élevées pour les actifs américains, vu les mesures politiques peu orthodoxes. Les pertes sur les futures boursiers américains avoisinent 1%. Le différentiel EUR/USD rebrousse chemin vers 1,17 et l’extrémité longue de la courbe des taux américaine grimpe à 5 points de base (30 ans). Le taux à 10 ans grimpe de 3 pb et teste la zone de résistance de 4,2%. Une rupture à la hausse, notre scénario de prédilection, ouvrira la voie vers 4,6% dans un premier temps.
Le taux américain à 10 ans teste la zone de résistance de 4,2%