Le yen japonais ressuscite
Cette semaine, le yen japonais opte pour une fuite en avant. La devise est de loin la plus performante par rapport à ses principaux homologues. Le cours USD/JPY est passé sous la barre des 160 en début de semaine à un peu moins de 156. Lundi, le cours EUR/JPY cotait encore à 185. Hier, la combinaison s’est rapprochée de 180.
Même si n’était pas vraiment son intention, le décideur monétaire japonais Hajime Takata a déclenché la réaction en chaîne. Le membre du conseil de la Banque du Japon remet en question la manière dont la banque centrale normalise la politique monétaire. Actuellement, elle opère par paliers de 25 pdb à un rythme semestriel. Pour monsieur Takata, 50 pdb (voire plus) et/ou un rythme trimestriel (ou plus rapide) font partie des options. L’homme est considéré comme un faucon monétaire pour qui les risques d’inflation à la hausse dominent les risques baissiers pour la croissance. Ses remarques à cet égard n’ont donc rien de surprenant. Elles ne sont pourtant pas tirées par les cheveux. Pour preuve, l’enthousiasme avec lequel le marché s’est aligné sur sa vision. Les taux d’inflation, en particulier globaux, sont faussés depuis un certain temps par diverses aides publiques souvent liées à l’énergie. La tendance sous-jacente montre toutefois qu’en réalité, l’objectif de 2% a été atteint depuis longtemps. L’énergie reste chère, la pénurie sur le marché du travail se traduit par une hausse des salaires et la politique budgétaire de soutien à la croissance de la première ministre Sanae Takaichi ne font que renforcer cette pression à la hausse sur les prix. La Banque du Japon garde le souvenir de décennies de déflation. Cela explique la lenteur de la fonction de réaction et, partant, la faiblesse du yen. Mais les temps ont changé, selon madame Takata.
La Banque du Japon se réunira le 18 septembre. Entre-temps, il est certain qu’elle augmentera le taux d’intérêt (1%). Selon certaines sources, Tokyo tend vers les 25 pdb classiques. Cependant, on peut s’attendre à ce que la BoJ passe d’une accélération semestrielle à au moins trimestrielle. Pour l’instant, le marché attribue une probabilité de 80% à ce scénario. La perspective d’une normalisation accélérée de la politique compromet le carry trade. Cette stratégie consiste à emprunter une devise à taux faible, comme le JPY, pour l’investir ensuite dans des devises assortie de taux élevés, stables et de préférence encore en appréciation, comme l’USD. La transaction est bien moins intéressante en cas de forte augmentation soudaine des taux japonais (à court terme) et lorsque le balancier repart dans l’autre direction. Sur la base des prévisions du marché monétaire, le taux directeur japonais s’élèvera à 2% mi-2027, soit un record en 24 ans d’ici là.
La ministre Takata était à l’origine de la vigueur du JPY. Les craintes ont fait le reste. Le cours USD/JPY de 160 est un niveau psychologiquement important. Récemment, les autorités japonaises sont intervenues sur le marché lorsque le yen s’est affaibli au-delà de ce niveau. Lorsque ce cap s’est à de nouveau trouvé en ligne de mire cette semaine, la paranoïa a surgi. Les rumeurs d’une éventuelle intervention, jusqu’à présent non confirmées, sont allées bon train. L’intervention précédente, coordonnée avec les États-Unis, remonte à un bon mois. L’accélération de la baisse du cours USD/JPY pendant les heures d’ouverture des marchés américains a joué le rôle d’un chiffon rouge.
Le récent sentiment du JPY est constructif, mais ne sera durable que si la Banque du Japon continue enfin à réagir à l’inflation. Avec à la clé une monnaie nippone plus forte et des taux d’intérêt plus élevés. Si ce scénario s’accompagne de flux de capitaux qui se redirigent vers l’intérieur du Japon, les conséquences pourraient s’étendre bien au-delà.
USD/JPY: Le yen japonais anticipe un resserrement de la politique monétaire