La Banque du Canada change de cap
Depuis début 2025, la stabilité des prix et la capacités de production excédentaire constituaient le fil conducteur de la communication et des actions de la banque centrale canadienne (BoC). Grâce à eux, la BoC a bénéficié d’une marge suffisante pour achever son cycle d’assouplissement vers un niveau neutre de 2,25%. Cette marge de production a absorbé les risques d’inflation à la hausse et permis de réagir aux risques économiques liés à la guerre commerciale avec les États-Unis, à la baisse de la dynamique de croissance ou à la faiblesse persistante du marché du travail. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient et le choc de l’offre énergétique qui s’en suit, la Banque du Canada a maintenu sa préférence pour le soutien d’une reprise fragile malgré des risques d’inflation haussiers. Lors de la réunion de politique précédente en juillet, elle avait encore revu nettement à la baisse les prévisions de PIB pour cette année, de 1,2% à 0,7%.
Hier, la BoC a changé de cap. Elle se réjouit de l’accélération de la croissance au deuxième trimestre (3,3% en glissement trimestriel en base annuelle), qui bénéficie en outre d’un large soutien. Tant les consommateurs que les entreprises (investissements) et les exportations ont apporté leur pierre à l’édifice. Même le marché résidentiel montre à nouveau des signes de vie après plusieurs trimestres en berne et le marché du travail canadien reprend lui aussi du poil de la bête.
À présent que le flanc économique est couvert, l’unique cible peut être l’inflation. L’inflation canadienne oscillait autour de 3% ces derniers mois, principalement en raison de la hausse des prix du gaz. Différents indicateurs de l’inflation de base sous-jacente étaient pour leur part proches de l’objectif d’inflation de 2%. Le conflit persistant au Moyen-Orient et les tentatives échouées de relance du trafic de fret dans le détroit d’Ormuz impliquent toutefois des risques d’inflation de plus en plus larges. Les ménages canadiens vont également payer les frais des nouvelles hostilités commerciales entre les États-Unis et le Canada. Fin août, les négociations sur les tarifs, notamment de l’acier, du bois et de l’automobile, ont déraillé, entraînant une hausse des tarifs américains (50%) sur quelque 20 milliards de dollars de produits d’exportation canadiens. Début septembre, le Canada a réagi par des mesures de représailles, en clamant « elbows up ». Empruntée au hockey sur glace, sport national, cette devise représente désormais l’opposition nationale à la politique commerciale agressive des États-Unis.
Les marchés canadiens ont réagi au nouveau signal de politique. Les taux d’intérêt canadiens ont atteint jusqu'à 9 points de base de plus sur la partie courte de la courbe (2 ans). Les marchés monétaires estiment la probabilité d’un relèvement des taux en octobre à 20%. D’ici la réunion de décembre, ce mouvement est plus qu’escompté. Lors de la réunion d’hier, le marché n’a tenu compte d’un scénario de resserrement qu’en 2027. Sur le marché des changes, le dollar canadien a profité du soutien des taux d’intérêt. Les développements commerciaux ont temporairement mis un terme au rebond estival du CAD. Le cours USD/CAD, qui s’était redressé de 1,3725 vers la zone de 1,39, se heurte maintenant à une certaine résistance. La paire de devises se dirige à nouveau vers 1,38, avec une perspective de zone 1,35-1,36, tant que le dollar ne serrera pas réellement le poing.
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