Septembre, le doigt sur la gâchette
Hier, la Banque centrale européenne a posé le doigt sur la gâchette. Si l’on en croit la situation actuelle, elle le lâchera en septembre, confirment des initiés, notamment auprès de l’agence de presse Bloomberg, et conclut le marché.
Le principal taux directeur s’élève pour l’instant à 2,25%. Lors de la réunion d’hier, la BCE a décidé à l’unanimité de le maintenir. La présidente Christine Lagarde a déclaré que certains décideurs se demandaient à voix haute si un relèvement des taux d’intérêt ne serait pas déjà souhaitable. Elle a ensuite fait référence à une kyrielle de chiffres entre cette réunion de politique et la prochaine, prévue en septembre: deux lectures du PMI (dont une aujourd’hui), deux taux d’inflation, la croissance du PIB pour le 2e trimestre, deux enquêtes auprès des consommateurs et des chiffres sur la croissance salariale. Elle a ainsi indiqué que la réunion de septembre est l’occasion rêvée pour une potentielle mesure, avec l’avantage supplémentaire que celle-ci pourrait être étayée par les prévisions actualisées. Dans les faits, la BCE s’était aussi plus ou moins engagée à l’approche de la réunion de juillet. Des décideurs politiques de tous acabits ont évoqué un statu quo en raison de la forte baisse des prix de l’énergie. Et la BCE n’est pas du genre à aimer surprendre le marché.
Entre-temps, la situation a évolué au Moyen-Orient et, partant, sur les marchés de l’énergie. Les États-Unis et l’Iran ont renoncé à leur accord intérimaire et les Houthi, alliés de l’Iran, ont ouvert au Yémen un nouveau front qui coupe une deuxième artère pétrolière cruciale dans le détroit de Bab-el-Mandeb. Pour la première fois depuis fin mai, le pétrole brut Brent cote à plus de 100 $/baril. Le gaz est redevenu aussi cher que lorsque le conflit avait éclaté. Traduit dans les différents scénarios élaborés par la BCE en juin, cela signifie que la version favorable prise en compte par le marché jusqu’à fin juin est bonne pour la poubelle. Madame Lagarde n’était d’ailleurs pas convaincue qu’un nouveau cessez-le-feu déclencherait la même réaction vigoureuse du marché (pétrolier) que le précédent. « Chat échaudé craint l’eau froide. »
Les prix actuels de l’énergie sont toutefois en phase avec le scénario de base, comme l’énonce la déclaration de politique. Pour rappel, ce scénario de base s’appuyait sur les trois relèvements des taux d’intérêt alors attendus par le marché et ne projetait de retour de l’inflation générale à l’objectif de 2% qu’en 2028. L’indicateur sous-jacent est resté trop élevé à 2,5%-2,5%-2,2% en 2026-2028 sur l’ensemble de l’horizon. Il n’est donc pas surprenant que le marché maintienne au moins ce modèle prévisionnel, d’autant plus que selon les propos de la présidente de la BCE elle-même, la fonction de réaction de la banque centrale est ainsi très bien comprise.
Les investisseurs s’attendent de ce fait à un relèvement des taux d’intérêt d’environ 90% en septembre, avec un autre relèvement compris entre 80 et 90% en décembre. En ce qui concerne la réunion prévue dans deux mois en particulier, il est peu probable que le marché abandonne l’idée. La hausse des prix de l’énergie se poursuit depuis trop longtemps et menace, après une pause temporaire, d’entraîner de nouveaux effets indirects et éventuellement de second tour. Après s’être montrés enthousiastes, les taux d’intérêt à court terme sont finalement restés à leurs niveaux les plus élevés depuis deux ans. Le taux swap à 2 ans confirme la rupture de plus de 3% observée plus tôt cette semaine. Il est compréhensible que l’euro ne profite guère de ce soutien des taux d’intérêt, ne serait-ce que parce que son principal concurrent, le dollar, peut également en bénéficier. Depuis fin juin, le cours EUR/USD fluctue dans une fourchette étroite comprise entre 1,1325 et 1,1483.
Le taux swap européen à 2 ans a grimpé de 3%. La hausse des prix de l’énergie fait gonfler les prévisions de taux de la BCE