Soulagement après la désescalade dans la crise groenlandaise
Hier, les marchés attendaient l’arrivée du président américain Donald Trump à Davos avec la peur au ventre. Après les menaces proférées à l'encontre du Groenland ce week-end, un froid polaire s'était installé entre les États-Unis et l’Europe. Au final, le Forum économique mondial a été le théâtre d'un one-man-show d'une heure dont seul Trump a le secret. Pendant le premier quart d’heure, la casquette "Make America Great Again" n'a pas été assez grande pour y mettre toutes les plumes que le président s'est octroyées à lui-même. Le message pour le public international présent : si l’Amérique brille, le reste du monde rayonne aussi. Merci à l'audacieux orateur, qui réécrit les règles internationales en usant d'un gigantesque complexe de Calimero. Principal indicateur du succès ? La Bourse. Dans la perspective des élections de mi-mandat de cet automne, les termes “Trump put” n'ont pas encore été prononcés. Les membres de l’administration américaine n'ont pas hésité à enfoncer le clou à chaque fois qu'ils en ont eu l'occasion cette semaine. Certains avec plus d'emphase que d'autres.
Après toutes ces louanges à la gloire des États-Unis, Trump a abordé la question qui brûlait sur toutes les lèvres : quid de ses intentions à propos du Groenland, ce "grand et beau morceau de glace". Une fois annoncé qu'il excluait toute intervention militaire, le soupir de soulagement a résonné bien au-delà de Davos. Par la suite, il s’est avéré qu’il avait lui-même débordé du script, dans lequel il était question d'une force "excessive". Trump s'est d'emblée montré clair. Il est venu à Davos pour négocier avec les dirigeants européens et de l’OTAN l’acquisition de l’île. Une fois l’éléphant évacué de la pièce surpeuplée, Trump a de nouveau enfilé son habit de standuper et a décoché quelques piques à l'adresse de ses cibles favorites.
Le sentiment vis-à-vis du risque sur les marchés financiers s'est inversé pendant le discours. Mais le véritable revirement ne s’est produit qu’à la fin des échanges aux États-Unis. Via ses réseaux sociaux, le président américain a fait un compte rendu de ses rencontres bilatérales . La menace de droits de douane de 10 % à l’adresse de huit pays européens à partir du 1er février a été abandonnée. En échange, un cadre d'accord aurait été trouvé en vue de renforcer la présence américaine au Groenland. La mise en place d’un système de défense anti-missiles, un engagement accru des Européens et un droit de veto si des États ne faisant pas partie de l'OTAN veulent extraire des matières premières sur l’île feraient apparemment partie du marché. Aux émissaires de Trump de maintenant régler les détails.
Hier, les bourses américaines ont déjà rebondi de plus de 1 %. Aujourd’hui, les principaux indices européens ont également engrangé des gains compris entre 1 et 1,5 %. Les autres victimes du mouvement "Sell America" de mardi, les obligations d’État américaines et le dollar, ont aussi gagné du terrain. L'escalade tarifaire et/ou militaire dans le dossier groenlandais n’est d'ailleurs pas le seul risque de queue qui a disparu hier. Lors d’une audience consacrée à ce sujet, la Cour suprême des États-Unis a fait part de son scepticisme vis-à-vis de la tentative de Trump de limoger la gouverneure de la Fed, Lisa Cook. Les juges rejoignent ainsi le marché quant à la crainte d'une atteinte sérieuse à l’indépendance de la banque centrale. Une décision officielle ne sera prise qu'en juillet, mais pour l'instant, l'ingérence politique se limite donc à la nomination du prochain président de la Fed. Là aussi, Trump a levé un coin du voile hier en annonçant qu'il ferait connaître SON choix très prochainement.
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