Suivre la tendance ?!
Difficile à dire si l’administration Trump s’en félicite ou non, mais le conflit au Moyen-Orient a, pour un temps au moins, mis entre parenthèses l’idée d’un affaiblissement de la confiance dans le dollar comme monnaie d’ancrage et valeur refuge. Le "strong dollar" est à nouveau très fort et se dirige vers d'importants niveaux techniques. Le billet vert pondéré des échanges commerciaux (DXY) a passé la barre des 100. La zone 100.40/50 (plus haut de la fourchette latérale observée depuis mai) est à portée de main. Fin janvier, la paire EUR/USD avait courageusement tenté de s'établir au-dessus de 1,20, mais elle se trouve désormais en dessous de 1,15. Ici aussi, le plus bas de la fourchette latérale n’est pas très éloigné (1,1392). Le cours USD/JPY se rapproche à nouveau du seuil psychologique et politiquement sensible des 160 ; des niveaux qui, fin janvier, avaient alimenté des rumeurs persistantes d'éventuelles interventions coordonnées de la part du Japon et des États-Unis.
L’enjeu n’est pas tant politique, mais surtout "économique"», avec le coût de l’énergie en ligne de mire du marché. Les États-Unis (autonomes d'un point de vue énergétique) sont beaucoup moins vulnérables aux incertitudes concernant l’approvisionnement en énergie et la flambée des prix. La crainte que le conflit, et donc l’incertitude énergétique, ne dure plus longtemps qu’espéré, entraîne désormais une accélération des achats de dollars américains ou, peut-être mieux exprimé, une pression à la vente sur les devises présentant un profil plus fragile sur le plan énergétique comme l’euro et le yen.
Et il ne faut pas non plus oublier les différentiels de taux. Ceux-ci évoluent à grande vitesse dans une direction "favorable" à l’euro (et aussi à la livre et, dans une moindre mesure, au yen) et "défavorable" au dollar. Les taux d’intérêt correspondent toutefois désormais dans une large mesure à des "primes de risque" (notamment en tant que baromètre de la crainte d'inflation). Si, pour éviter une spirale inflationniste imminente, la BCE se voit contrainte de relever ses taux d'intérêt, comme le marché l'anticipe actuellement, il s'agira alors d'une décision prise "à contrecœur". On pourrait qualifier cela de soutien des taux "négatif". Aux États-Unis, le marché estime également que la marge de manœuvre de la Fed pour de nouveaux assouplissements est plus restreinte (moins d'une baisse de 25 points de base anticipée cette année, contre plus de deux réductions de 25 points de base avant le conflit). Peut-être que l'économie en avait moins besoin, au vu de la vigueur de la croissance. On peut ici davantage parler d'un soutien des taux positif.
Et maintenant ? Que l'on soit d'accord ou non avec les hypothèses du marché concernant la fonction de réaction de la BCE et de la Fed, la dynamique est plus que jamais dictée par le principe selon lequel il ne faut pas aller à contre-courant ni "tenter d'attraper le couteau qui tombe", tant qu'il n'y a pas de signe clair (dans ce cas-ci, géopolitique) d'une "solution viable". Dans ce contexte, la rupture des niveaux techniques pourrait même précipiter le déclenchement de limites "stop-loss".
Il semble que les autorités japonaises soient aussi sur la même ongueur d'onde. Le cours USD/JPY teste la zone de 159.5, le niveau le plus faible du yen depuis juillet 2024. La ministre des Finances, Satsuki Katayama, a répété qu’elle était prête à prendre les mesures nécessaires et qu’elle était en contact étroit avec les États-Unis. On a toutefois l'impression que la "volonté" d'intervenir est aujourd'hui moins forte qu'à la fin du mois de janvier, lorsque la paire USD/JPY avait atteint le même niveau. Les interventions qui ne s'appuient pas sur une évolution parallèle des fondamentaux ne débouchent généralement que sur des résultats éphémères. Et quoiqu'il arrive, les munitions (les réserves) que vous utilisez seront ensuite définitivement perdues. Si le marché sent que cela ne fonctionne pas, vous risquez de vous retrouver davantage sous pression. Nous sommes déjà bien loin de l'état d'esprit qui prévalait fin janvier, lorsque la menace d'interventions sur la paire USD/JPY avait (temporairement) fait plonger le billet vert.
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