Le président Trump teste les frontières
Jamais deux sans trois. C’est ainsi qu’après l’enlèvement du président vénézuélien Maduro et les assignations envoyées à l’adresse de la Fed ce week-end, le président américain Trump poursuit son action en 2026. En menaçant d’imposer des tarifs douaniers à huit États européens et/ou membres de l’OTAN, il augmente la pression à l’approche de la réunion au sommet prévue entre les États-Unis et l’Europe cette semaine, en marge du Forum économique mondial à Davos en Suisse. En principe, celle-ci porterait sur la défense les garanties de sécurité de l’Ukraine. Or, il semble maintenant que le Groenland devienne la monnaie d’échange ou le levier géopolitique du parapluie de sécurité américain (un droit ou un service?) qui couvre l’Europe. Trump joue (particulièrement) gros jeu, en testant littéralement et figurativement les frontières de son pouvoir, avec l’OTAN comme mise.
La semaine dernière, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, la Finlande et la Norvège ont envoyé une mission au Groenland en préparation à un exercice de l’OTAN. Un timing perçu comme une provocation par les Américains, car Trump a sa propre mission: annexer le Groenland. Vu sa localisation stratégique, son sol riche en minerais et l’intérêt/la menace chinoise et russe, le territoire d’outre-mer danois est devenu très convoité. Les huit pays seraient en butte à des tarifs douaniers de 10% à partir du 1er février, puis de 25% en juin, jusqu’à la vente du Groenland aux États-Unis. La réaction européenne? Une réponse a rapidement suivi. La ratification de l’accord commercial entre les États-Unis et l’Europe a été suspendue au Parlement européen. Une liste de marchandises américaines (pour 93 milliards d’euros) pourrait faire l’objet de tarifs douaniers. Et le président français Macron souhaite activer l’instrument anti-coercition, un règlement européen qui protège l’UE et ses États membres contre des contraintes économiques imposées par des pays tiers.
Stoïque après l’ingérence au Venezuela et l’attaque contre l’indépendance de la Fed, le marché financier se contracte fortement ce matin. Les pertes des bourses européennes se chiffrent actuellement à plus de 1,5%. Dans un climat boursier avers au risque, l’or et l’argent atteignent de nouveaux records. Les taux européens ne perdent guère de terrain. À l’extrémité longue de la courbe, la composante prime de risque se fait sentir. Aujourd’hui, nous n’aurons pas d’aperçu complet de la réaction des marchés, car c’est le Martin Luther King Day aux États-Unis. Cependant, les marchés des futures semblent indiquer que les actions et les obligations américaines subiront elles aussi une vague de ventes. Ajoutons que vendredi, le taux américain à 10 ans avait déjà clôturé au-dessus d’un seuil de résistance solide à 4,2%. La hausse de taux a fait suite à la suggestion du président Trump qu’il pourrait garder Kevin Hassett comme conseiller économique plutôt que de le nommer au poste de prochain président de la Fed. Parmi les cinq candidats restants, Hassett est le plus ardent défenseur du point de vue de Trump sur les taux (bas). Vu la rupture technique et les fondamentaux (prime de risque américaine après les derniers développements), la voie s’ouvre pour une évolution vers 4,5%/4,6%. Pour l’instant, seul le dollar échappe encore à un retour du “Sell America trade”.
Le taux américain à 10 ans traverse le seuil de résistance de 4,2%