Offre spéciale: yen et obligations japonaises
Sur un marché des changes du dollar somnolent, une combinaison de devises sort du lot ces derniers jours. Le cours USD/JPY s’approche de la barre symbolique des 160. Au début de la nouvelle année, la paire cotait encore aux alentours de 156. En parallèle, les niveaux records du cours EUR/JPY (185+) indiquent que c’est surtout dû à la faiblesse du yen, au point où les autorités japonaises commencent à se sentir mal à l’aise. Une nouvelle fois, des avertissements verbaux défilent sur les écrans des médias financiers. La dernière fois que le cours USD/JPY avait dépassé 160, le ministère des Finances et la Banque du Japon sont passés à l’action: entre avril et juillet 2024, les interventions sur les taux de change ont fait retomber la paire de 162, un sommet en 38 ans, vers 140. Au début de l’année dernière, nous en étions presque au même point (158,87). Outre la devise, il y a une offre spéciale sur les obligations d’État japonaises: sur les durées plus longues, les taux grimpent à de nouveaux records, notamment les variantes à 30 et 40 ans. À 3,52%, une obligation japonaise à 30 ans rapporte même plus qu’une obligation allemande pour l’instant. Entre-temps, la référence à 10 ans, la plus suivie, touche à des niveaux inédits depuis 1999.
La cause directe des ventes du JPY et des obligations d’État est de nature politique: des élections anticipées s’annoncent. Plus de détails suivront le 19 janvier, mais les médias locaux évoquent la date du 8 ou du 15 février. La Première ministre Takaichi a le vent en poupe. Elle obtient de bons résultats dans les sondages, avec >60%, comme son mentor et sa source d’inspiration, feu Shinzo Abe. Takaichi veut maintenant convertir cette popularité personnelle en un mandat plus robuste pour le Parti libéral-démocrate (PLD). Sous l’ancien Premier ministre Ishiba, le PLD avait perdu sa majorité tant dans la chambre haute dans la chambre basse (plus importante). Takaichi et le PLD mènent désormais leur politique avec un partenaire de coalition et le soutien de quelques parlementaires indépendants. Cette petite majorité dans la chambre basse ne suffit pas à la Première ministre.
Les marchés se préparent à une victoire électorale qui remettra le PLD en selle. En récupérant la majorité, Takaichi pourra beaucoup plus facilement réaliser ses projets, sans devoir faire de compromis. Comme il s’agit de la protégée d’Abe, l’architecte de l’Abenomics, les marchés ne s’attendent pas à autre chose qu’à une forte politique de stimulus fiscal de sa part. Et avec son plan de relance récent d’environ 135 milliards de dollars, Takaichi ne semble pas vouloir leur donner tort. La dette du pays s’élève déjà à 250% du PIB et le principal acheteur, la Banque du Japon (BoJ), renonce petit à petit à son rôle à cet égard. D’autres investisseurs, plus sensibles au prix, devront la remplacer. En 2026 aussi, les primes de risque de crédit seront un sujet de conversation. En outre, le yen redoute l’impact d’une accélération possible de l’inflation. Les prix augmentent déjà plus vite (± 3%) que l’objectif officiel de la BoJ (2%), qui risque de courir après les faits avec son cycle de normalisation très progressif. Le dernier relèvement des taux d’intérêt (à 0,75%) date du mois dernier, après une pause d’un an. À ce niveau, la politique monétaire reste toujours accommodante.
Le cours USD/JPY s’approche du seuil symbolique de 160, donnant lieu à des interventions verbales