Encore un peu trop tôt pour la baisse de taux de la MNB ?
La semaine dernière, nous avons assisté à un détente des taux à court terme européens après un rebond en novembre et début décembre. En raison du recul des prix de l’énergie et d'effets de base positifs, l’inflation pourrait diminuer, du moins provisoirement, en ce début d'année. Il est donc encore trop tôt pour que les marchés "poussent" déjà à anticiper un éventuel relèvement de taux (de la BCE). Certains pourraient même encore rêver d’un dernier abaissement "par précaution" dans le but de donner un coup de pouce à une croissance qui reste timide. La même dynamique s'observe aussi en Europe centrale et surtout en Hongrie, où la banque centrale (MNB) maintient son taux à 6,5 % depuis septembre 2024. Le mois dernier, elle a ouvert la voie à un assouplissement de la politique si les données le permettent. Les chiffres de l’inflation de décembre publiés ce matin vont dans la bonne direction, même si tout n'est pas encore réglé.
L’inflation est tombée à 0,1 % en glissement mensuel et 3,3 % en glissement annuel (contre 3,8 % en glissement annuel en novembre). L’inflation générale s’installe ainsi plus fermement dans la zone cible de 3 % (+/- 1 %) fixée par la MNB. La moyenne annuelle pour l’ensemble de l’année 2025 s’élevait encore à 4,4 %. L’inflation de base (hors alimentation, énergie et certains prix régulés) s'est également essoufflée, de 4 % à 3,8 %, mais la tendance est ici un peu moins convaincante. En ce qui concerne la hausse des prix des services (0,8 % en glissement mensuel et 6,8 % en glissement annuel), il y a clairement encore du travail. Le ralentissement de l’inflation est ici au moins en partie le résultat de mesures de limitation des prix artificielles prises par les autorités. Celles-ci devront être réduites ou ajustées à un moment donné (mais pas avant les élections d’avril).
Ces dernières semaines, le marché a néanmoins très bien réagi à l’idée d’un nouvel assouplissement. Certains ont même déjà rêvé d'une réduction de 50 points de base d’ici mars ou avril. Les données récentes sur l’activité (ventes de détail, production) ont montré que l’économie aurait bien besoin d'un tel coup de pouce. Hier encore, le président de la MNB, Mihály Varga, a déclaré que les chiffres d’inflation de décembre joueraient un rôle important dans la décision d’abaisser ou non les taux (éventuellement déjà à la fin de ce mois). Les chiffres de ce matin n’étaient probablement pas encore assez convaincants pour passer à l’action. Les taux du marché monétaire ont gagné jusqu'à 7 points de base ce matin. La MNB attend peut-être les nouveaux prix que fixent traditionnellement de nombreuses entreprises en début d'année (visibles dans les taux d’inflation des mois suivants). Le chiffre annuel pourrait alors baisser considérablement pour des raisons techniques, ce qui facilitera la communication de la MNB pour justifier une baisse. Une réduction de taux en mars est donc tout à fait envisageable.
Dans un contexte globalement plutôt modéré vis-à-vis du risque, le forint n’a perdu que peu de terrain au cours du mois écoulé après une forte progression l’année dernière, malgré la perte de soutien des taux. La stabilité financière (FX) demeure une importante condition préalable à tout éventuel assouplissement de la MNB. Nous avons toutefois l’impression que la banque s'accommoderait bien d'un cours EUR/HUF compris entre 380 et 390. Compte tenu de la conjoncture toujours faible (exportations), il ne faudrait pas qu'il soit plus fort. Nous considérons dès lors la zone EUR/HUF 380 comme un niveau de support/résistance très solide pour le forint.
EUR/HUF: forint probablement suffisamment fort pour que la MNB assouplisse sa politique avec prudence. La zone de 380 constitue un solide seuil de résistance.