Reculer pour mieux sauter
Hier, la première estimation de l’inflation au sein de l’UEM pour le mois de décembre n’a pas réservé de grande surprise. L'indice des prix à la consommation est ressorti exactement au niveau de l’objectif de la BCE de 2 %. L’inflation de base continue également de reculer progressivement (de 2,4 % à 2,3 %). Rien de spectaculaire en soi donc. On a néanmoins l’impression que l’inflation pèse, au moins provisoirement, un peu moins lourd dans les débats sur le marché, dans l’UEM et ailleurs. Après la publication des chiffres, les marchés des taux se sont légèrement détendus. Le marché voit à nouveau le verre (de l’inflation) un peu plus à moitié vide qu’à moitié plein. Une bonne raison pour ajuste/équilibrer son positionnement ? Reculer pour mieux sauter.
Retour au mois précédent.Le taux de swap à 2 ans de l'UEM a pendant un moment dépassé la barre des 2,3 % après les commentaires de la membre du directoire de la BCE, Isabel Schnabel, sur la possible prochaine intervention de la banque centrale (un relèvement de taux). Une idée directement rejetée par la présidente de l'institution, Christine Lagarde, lors de la réunion de politique monétaire du 18 décembre. Le maître-mot demeure l'optionnalité. Selon les projections de la BCE, l’inflation (tant l’inflation générale que l’inflation de base) se maintiendra dans une fourchette étroite autour de 2 % au cours des deux prochaines années. Le marché a estimé qu'il était encore trop tôt pour parier résolument sur le scénario de Schnabel et la partie courte de la courbe des taux européenne s’est par conséquent stabilisée. Les taux d'intérêt à long terme ont pour leur part continué à augmenter légèrement. Le marché est conscient que c'est surtout la politique budgétaire, qui fait déjà face à un déficit important dans la plupart des pays, qui jouera les premiers rôles pour ce qui concerne les nécessaires réformes structurelles et les dépenses militaires. Les primes de risque budgétaires sont donc toujours d’actualité. Le taux de swap à 10 ans européen a pris la direction du cap psychologique de 3 %, mais une rupture haussière n'est pour le moment pas encore à l'ordre du jour. Le marché digère relativement bien la vague d’émissions obligataires de ce début d’année et peut vivre avec les primes de risque "ajustées".
La dynamique de correction baissière pourrait encore durer un moment, en particulier sur la partie courte de la courbe. Une base de comparaison favorable pour les prix de l’énergie et une éventuelle diminution de l’inflation des prix de l'alimentation pourraient faire baisser l’inflation générale en dessous de 2 % au cours des premiers mois de 2026. Les banques centrales se laissent surtout guider par les tendances sous-jacentes plutôt que par des évolutions techniques de ce type. Dans ce contexte, la hausse des prix des services (toujours 3,4 %) montre que la vigilance doit rester de mise. Dans un même temps, cette faiblesse de l’inflation générale, même si causée par la contraction des prix de l’énergie, pourrait tempérer la perception de l’inflation et les attentes la concernant. Dans de telles conditions, il n’est pas exclu que les colombes monétaires de la BCE rouvrent le débat sur une éventuelle baisse des taux. Dans un "momentum trade", les taux à court terme pourraient alors encore un peu se replier. Sur la partie longue de la courbe, les primes de risque plus élevées continuent de peser plus lourdement. Le niveau de résistance de 3 % pour le taux de swap à 10 ans devrait rester temporairement protégé par l'évolution de l’inflation. Une faiblesse inattendue des chiffres de croissance ou des taux d’inflation sera nécessaire pour ramener ces taux vers sa fourchette de l’été dernier (zone 2,6/2,7 %). Nous ne pensons pas que ce sera le cas.
Swap à 2 ans de l’UEM : le ralentissement de l’inflation entraîne une (timide) détente.