Vendre la rumeur, acheter le raz-de-marée bleu?!
Le Parti démocrate américain est parvenu à reprendre les clés du Congrès. Si la victoire à la Chambre des représentants était courue d’avance, la bataille sénatoriale se profilait plutôt comme une lutte acharnée dont l’issue ne serait connue que deux semaines plus tard, avec le résultat définitif en Alaska. Finalement, il en a été autrement: dès la première nuit, des bastions républicains comme les deux Carolines, le Kansas, le Texas ou encore l’Ohio sont tombés. Même la sénatrice Collins du Maine a dû céder un siège qu’elle détenait depuis 30 ans (!). La large majorité démocrate à la Chambre et au Sénat bridera le président américain Trump pour les deux dernières années de son second mandat. La Chambre peut freiner ou empêcher la mise en œuvre des projets législatifs des républicains et lancer toutes sortes d’enquêtes quant à la légalité de l’agenda exécutif présidentiel. Quant au Sénat, il a notamment le pouvoir de bloquer les nominations politiques au plus haut niveau. En contrepartie, Trump se prépare à incarner “Mr. Veto” contre les propositions démocrates émanant du Congrès.
Nous confions à d’autres le soin d’analyses politiques plus approfondies et passons à la réaction provisoire du marché. Pendant les heures de bourse asiatiques, ce sont surtout les marchés boursiers (et les futures boursiers) qui ont commencé par perdre du terrain, par exemple jusqu’à ‑3% pour l’indice Nasdaq. Le secteur de l’IA a de nouveau chuté, victime de la logique selon laquelle le gouvernement Trump préparait un cadre réglementaire favorable au développement des infrastructures d’IA. Comme cela s’est déjà produit ce mois-ci, cette aversion au risque (américaine) a pesé sur le dollar, tandis que les obligations d’État américaines ont retrouvé leur rôle de valeurs refuges. Or, à l’ouverture des marchés européens, ces premiers mouvements se sont entièrement inversés. Dans quelle mesure la correction du secteur de l’IA en octobre était-elle due à des doutes sur le financement (circulaire) des infrastructures, plutôt qu’à un positionnement du marché à l’approche des élections de mi-mandat? Si c’est le deuxième scénario, l’évolution de ce matin peut être attribuée à une dynamique du type “vendre la rumeur, acheter la nouvelle”. Mais attendons de voir l’attitude des investisseurs américains avant de trancher. Sur le marché des changes, le dollar reste à la peine malgré le changement d’humeur. Outre les résultats des élections, d’autres facteurs s’en mêlent, principalement la forte baisse des prix de l’énergie intervenue cette semaine. Le prix européen du gaz a plongé en dessous de 90 EUR/MWh, alors qu’il avait terminé au-dessus de 104 EUR la semaine dernière. Le prix du baril de pétrole brut Brent est en train de retomber vers 100 USD, porté par l’espoir que la diplomatie triomphera finalement au Moyen-Orient. En parallèle, le calme continue à régner au niveau des primes de risque de crédit européennes, malgré l’impasse politique dans certains pays comme la Belgique. Pour finir, au mois d’octobre, l’inflation européenne a atteint 4% pour la première fois depuis septembre 2023, après une hausse mensuelle de 0,4%. L’inflation de base sous-jacente est restée stable, à 2,5% en glissement annuel, mais le rythme mensuel (0,3%) n’a pas été aussi élevé depuis mai. L’inflation des services a augmenté de 0,2% en glissement mensuel pour atteindre 3,3% en base annuelle, une accélération par rapport au taux de 3,2% en septembre. L’inflation des biens est également en légère hausse (0,6% en glissement mensuel; de 1,1% à 1,2% en glissement annuel). Les chiffres publiés aujourd’hui étayent le scénario d’un relèvement de taux par la BCE en décembre. Pour ce qui est de nouvelles interventions de la BCE en 2027, en fin de compte, tout dépendra de l’inflation de base dans les mois à venir.
Les futures du NASDAQ ont passé une nuit électorale mouvementée