La RBA appelle à une longue pause dans le cycle des taux
La banque centrale australienne (RBA) a procédé ce matin à son 5e relèvement des taux d’intérêt de l’année. Fin septembre, elle franchissait le pic des taux post-Covid. Actuellement, les tableaux affichent un taux directeur de 4,85 %, le plus élevé depuis novembre 2008. Dans son nouveau rapport monétaire, la RBA mise sur la stabilité jusqu’au terme de l’horizon politique (fin 2028). Les risques d’inflation à la hausse n’écartent pas encore totalement la possibilité d’un taux directeur (supérieur à) 5 %, mais la gouverneure de la RBA, Michele Bullock, reste prudente.
Les prévisions trimestrielles parlent d’elles-mêmes. L’inflation australienne ne redescendra vers le sommet de l’objectif de 2%-3% que fin 2027 et le milieu de cette fourchette ne sera atteint que fin 2028. L’inflation de base sous-jacente subit le même sort. Par rapport au rapport d’août, les tensions sur les prix persistent pendant trois trimestre de plus. Cela s’explique par deux raison. D’une part, la hausse des prix de l’énergie réclame son dû. De l’autre, l’économie australienne continue de croître avec une capacité de production excédentaire extrêmement limitée. De ce fait, les prix plus élevés au début de la chaîne de production se fraient bien plus facilement un chemin jusqu’au consommateur final. La banque centrale enjoint les entreprises qui ne répercutent pas encore la hausse des coûts de production d’au moins envisager de le faire. Étant donné que l’inflation australienne s’est maintenue presque continuellement au-dessus de 3% depuis début 2022, la banque centrale veut éviter, en menant une politique restrictive, que les ménages et les entreprises ne tablent à l’avenir sur ce niveau plus élevé.
L’économie australienne, à son tour, a enregistré des performances supérieures aux attentes. Pour cette année, la RBA table sur une croissance moyenne de 2,1% (contre 1,9% en août). Le chiffre agrégé dissimule un écart entre une très forte croissance des investissements dans le cadre de la poursuite du boom de l’IA (centres de données) et un ralentissement de la consommation. En cause: le resserrement des conditions financières, l’inflation et une correction musclée sur le marché résidentiel. Les prévisions pour l’an prochain sont restées stables à 1,5%, tandis que pour 2028, une baisse à 1,4% (contre 1,7%) se profile. Sur l’ensemble de l’horizon politique, ces prévisions sont inférieures à la croissance tendancielle, notamment en raison de la politique monétaire (stricte).
Lors de la conférence de presse qui a suivi, madame Bullock a appelé à une pause politique après le 6 contre 3 de ce matin. Elle invoque principalement le délai d’exécution des récents relèvements des taux au niveau de l’économie réelle. Contrairement aux mois précédents, la RBA a cessé d’évoquer de nouveaux relèvements des taux d’intérêt dans le paragraphe de clôture du communiqué de presse afin d’orienter l’inflation vers l’objectif de 2-3%.
Après ce matin, les marchés australiens ne tablent que de manière limitée sur un nouveau resserrement. La probabilité d’un nouveau relèvement des taux d’intérêt (de 25 points de base) est d’environ 1/3 pour le premier trimestre 2027. Les taux australiens baissent à 7 points de base à l’extrémité courte de la courbe, allant de paire avec la baisse du dollar australien. Le cours AUD/USD descend sous le seuil de 0,70 en direction de 0,6975. D’un point de vue technique, la zone 0.6894/0.6865/0.6834 constitue un soutien important. Une rupture à la baisse pourrait avoir de lourdes conséquences (techniques) pour la devise australienne, mais ne se produira en principe pas sans une dose supplémentaire de vigueur du dollar (US).
AUD/USD: zone de soutien technique important entre 0,68 et 0,69