Mouvement de rattrapage des taux britanniques
Les taux britanniques choisissent la fuite en avant. Du 28 août – la veille de la reprise du conflit au Moyen-Orient – à hier compris, l’extrémité longue de la courbe a grimpé de 8 à 10 points de base. Pour les échéances courtes, le compteur est à près de 30 pb. Le taux à deux ans se dirige ainsi vers son niveau le plus élevé en environ trois ans. À titre de comparaison, sur la même période, les taux allemands ont augmenté de 11 à 18 pb. Aux États-Unis, il s’agit de 8-14 pb.
Le marché des obligations britanniques me toutes voiles dehors, sur les échéances courtes dans un premier temps. Celles-ci reflètent en réalité les attentes du marché quant au taux directeur de la banque centrale. La Banque d’Angleterre a maintenu une position attentiste pendant toute la durée de la guerre d’Iran. L’inflation est trop élevée (2,9% en juillet). Mais pour une majorité des membres du comité (6-3), le taux directeur relativement restrictif de 3,75% suffit pour l’instant à couvrir les risques d’inflation, clairement haussiers. En même temps, la BoE capte les signaux d’un affaiblissement du marché du travail et la croissance est modeste. Pour la BoE, contrer ce qui constitue en soi un choc d’offre externe en détruisant la demande intérieure n’aurait donc pas beaucoup de sens. En revanche, si les prix élevés de l’énergie s’internalisent par la hausse des salaires, la BoE devra intervenir. La banque centrale ne voit pas de preuve de ces fameux effets de second tour, comme l’a notamment déclaré son président Bailey… pas encore.
Plus le conflit dure, plus ce risque d’internalisation augmente. Une étude, certes menée par la BCE, indique que l’impact d’un choc énergétique sur les produits secondaires (autres que les carburants, par exemple) commence à atteindre un pic à partir de six mois. Autrement dit, maintenant. Vu la dernière escalade, il serait illusoire d’espérer une solution à court terme. Le président américain lui-même ne s’attend plus à ce que le conflit prenne fin avant les élections de mi-mandat en novembre. Selon The Wall Street Journal, les conseillers de Trump craignent que la guerre ne dure pour le restant de son mandat.
Bailey, et peut-être certains des membres de son comité de cinq qui privilégient comme lui le statu quo, commencent à voir venir l’orage. Lors d’une audition parlementaire plus tôt cette semaine, la mise en garde du président de la BoE ne s’est pas limitée aux coûts de l’énergie. En effet, à la liste des risques d’inflation à la hausse, il se voit contraint par les conditions climatiques extrêmes d’ajouter l’alimentation. Les prévisions de juillet tablent sur une inflation alimentaire de 3,5% vers la fin de l’année. Mais selon une estimation plus récente de la Food and Drink Federation, porte-parole de l’industrie, il faut plutôt s’attendre à 4%, avec une accélération à 5,5% en 2027.
Bailey a encouragé ses auditeurs au Parlement et sur le marché à ne pas tirer de conclusions hâtives. Mais il devient peu à peu impossible d’arrêter la réaction en chaîne. Un relèvement des taux d’intérêt à la réunion de politique de la semaine prochaine reste un risque extrême (± 10%). Pour novembre, la probabilité grimpe à 80%, contre 60% au début de cette semaine. En théorie, il reste une marge de repositionnement. Le marché monétaire mise au total sur plus de trois relèvements des taux d’intérêt sur une base trimestrielle.
Taux britannique à deux ans: vers un nouveau sommet en trois ans. Le marché met toutes voiles dehors