Les ténors de la BCE donnent le coup d’envoi avant la réunion du 10 septembre
La BCE est longtemps restée silencieuse, comme si tous les membres du conseil étaient partis en vacances dès le 31 juillet. Cela s’apprête à changer cette semaine: l’économiste en chef Lane (aujourd’hui) et la présidente Lagarde (demain) vont participer à des panels de discussion sur la politique monétaire et les perspectives économiques globales. C’est le coup d’envoi avant la réunion de politique du 10 septembre. Les marchés monétaires européens misent résolument sur un nouveau relèvement des taux d’intérêt, à 2,5%.
Un nouveau relèvement correspondrait parfaitement au cadre publié par la BCE au cours du premier mois de la guerre entre les États-Unis et Israël et l’Iran, et qu’elle a appliqué pour la première fois en juin. Pour l’instant, la durée du choc d’offre énergétique est le problème principal. Son impact non linéaire (des conséquences croissantes à mesure que le conflit se poursuit) présente des risques d’une hausse de l’inflation de plus en plus persistants, qui menacent de perturber davantage les anticipations inflationnistes. Ces derniers mois, l’inflation de base et l’inflation sous-jacente se sont encore éloignées de l’objectif de 2%. L’inflation européenne devrait déjà tourner autour de 3% au moins jusqu’à la fin de l’année. À l’horizon 2027, c’est l’impact de la hausse des prix de l’alimentation qui se profile, même en cas de normalisation de la situation au Moyen-Orient.
Plusieurs gouverneurs suggéraient déjà de relever le taux directeur une deuxième fois en juillet, mais cette proposition a été rejetée. Tant que les prix de l’énergie n’augmentent pas de manière exponentielle, la BCE peut se permettre une approche progressive. Au deuxième trimestre, c’est surtout la Chine qui a freiné la hausse des prix du pétrole, en réduisant de moitié ses achats, en libérant des réserves stratégiques, en restreignant l’exportation de produits dérivés (kérosène, essence, diesel, etc.) et en détruisant la demande (pas de filets de sécurité fiscaux contre la montée du coût de l’énergie).
Tant que ces deux conditions restent remplies (choc d’offre énergétique persistant sans dérapage des prix), le marché monétaire européen tiendra compte d’une trajectoire de hausse progressive du taux directeur. Aujourd’hui, les investisseurs estiment la probabilité d’un troisième relèvement des taux d’intérêt à 66% d’ici la fin de l’année et à 100% d’ici la réunion de mars 2027. Comme pour les autres banques centrales, il est bon pour la BCE que le marché assure ainsi implicitement des conditions-cadres financières plus strictes: c’est une forme d’outsourcing.
Le taux swap européen à 2 ans (3%) valide ces attentes. Le niveau absolu nous indique que le marché ne pense pas que la BCE reviendra sur les relèvements de taux déjà mis en œuvre. Après tout, à en croire les commentaires de l’économiste en chef de la BCE Lane, entre autres, le taux directeur neutre – à la fois assez élevé pour maintenir l’inflation autour de l’objectif de 2% et assez faible pour oxygéner l’économie – aurait augmenté ces dernières années, vers 2,5%. Les mouvements récents sur le marché suggèrent un plancher technique solide d’environ 2,9% sous le taux swap à 2 ans. Pour passer à la vitesse supérieure et aboutir à un glissement des prévisions (plus de relèvements de taux, plus vite), il faudrait que les prix de l’énergie augmentent. À cet égard, le cap psychologique de 100 USD/baril de pétrole brut Brent et le pic de 70 EUR/MWh atteint en mars par le contrat de référence du gaz en Europe (TTF néerlandais) sont des points de référence importants.
Le taux swap européen à 2 ans valide une trajectoire de relèvements de taux progressifs