Correction subtile de la banque centrale norvégienne
En mai, la banque centrale norvégienne a relevé son taux directeur de 4% à 4,25% après un « cycle d’assouplissement » très court (4,5% à 4% au S2 2025). Depuis lors, elle vise un taux directeur de 4,5% d’ici la fin de l’année. Lors de la réunion de juin, tout portait à croire que ce relèvement des taux d’intérêt n’allait pas tarder. Le marché en a tiré ses conclusions: la banque centrale a fait allusion à la réunion de septembre, soutenue par un rapport trimestriel contenant de nouvelles prévisions de croissance et d’inflation.
Aujourd’hui, la présidente Ida Wolden Bache et ses collègues ont maintenu le taux directeur inchangé à 4,25%, comme prévu. Mais… la réactivité bat clairement de l’aile. En cause: le rapport d’inflation de juillet, qui a été publié lundi. Si l’inflation générale a grimpé de 1% en glissement mensuel et de 3% en glissement annuel (contre 2,7%), contre toute attente, l’indicateur sous-jacent préféré de la Norges Bank s’est stabilisé à 2,7% en glissement annuel. Le consensus du marché tablait sur une hausse à 2,9%, la Norges Bank prédisant même 3,3% en glissement annuel dans son rapport de juin! Cette surprise inflationniste se traduit d’emblée par une correction subtile dans le communiqué de presse. Comme une hirondelle ne fait pas le printemps, un relèvement des taux POURRAIT toujours s’avérer nécessaire. La référence au futur proche a également disparu.
Ida Wolden Bache ne tient évidemment pas à enterrer complètement l’idée du relèvement des taux d’intérêt. Par analogie avec la banque centrale australienne plus tôt cette semaine, l’idée doit rester présente sur le marché. Le marché fait ainsi sa part de travail. Voilà pourquoi la banque centrale conclut toujours par le message selon lequel la politique monétaire norvégienne doit rester restrictive pour ramener l’inflation à terme vers l’objectif de 2%. L’inflation reste trop élevée depuis trop longtemps et comporte le risque d’une hausse des anticipations inflationnistes chez les ménages et les entreprises. La vigilance reste donc de mise, d’autant plus vu l’incertitude qui règne au Moyen-Orient. Dans le même temps, elle ne veut pas freiner inutilement l’économie norvégienne avec une politique trop stricte. La dépendance aux données est également déterminante. En ce qui concerne la croissance économique, le marché du travail ou l’évolution du cours de change EUR/NOK, les cartes restent pour l’instant mélangées, comme en juin.
Pas plus tard qu’au début du mois, les marchés monétaires norvégiens escomptaient un relèvement complet des taux d’intérêt (4,50%) en septembre. Ils tablent même sur un pic des taux directeurs de 4,75% peu après le début de l’année. L’inflation de juillet a d’emblée fait retomber les convictions pour septembre à environ 60%. Actuellement, la probabilité atteint même 40%. Le pic attendu des taux directeurs s’élève à 4,50% en décembre.
La couronne norvégienne perd légèrement du terrain. Le cours EUR/NOK rebondit de 10,92 à 11. D’un point de vue technique, après un début d’année vigoureux, la paire de devises se situe grosso modo entre 10,70 et 11,30 pour la NOK. L’évolution reste en grande partie tributaire des caprices du prix du pétrole.
Évolution du pétrole brut Brent ($/baril; orange à gauche) et EUR/NOK (bleu à droite) cette année: forte corrélation entre le prix du pétrole et la NOK