Le marché calibre ses attentes à l’approche des échéances de juillet
À l’approche de la conclusion de l’accord intérimaire entre les États-Unis et l’Iran mi-juin, les marchés ont longtemps considéré que l’espoir fait vivre. Depuis la signature du Mémorandum d’entente, leur espoir s’est rapidement mué en crainte que ce mariage blanc ne durerait pas. De fait, depuis la semaine dernière, les États-Unis et l’Iran ont réduit en charpie la base fragile de leur concorde. Hier, la réinstauration du blocus maritime américain à l’encontre de l’Iran a achevé de le réduire en miettes. Pour couronner le tout, le président Trump a bombardé les États-Unis “gardiens et gestionnaires” du détroit d’Ormuz. Sous le coup d’une inspiration orwellienne, Trump considère que la garantie du passage en toute sécurité d’un navire vaut bien une petite commission de 20% de la valeur de son chargement. Et tant pis pour les déclarations américaines antérieures, comme quoi aucun pays au monde n’aurait le droit de prélever un tribut sur les voies navigables internationales.
La réaction du marché n’est pas difficile à deviner. Le prix du baril de Brent brut s’élève à 87 USD, contre 75 USD la semaine dernière, un plancher de 70 USD fin juin et 80 USD au moment de la conclusion du regretté accord intérimaire. Le contrat de référence européen pour les prix du gaz (TTF) atteint des sommets depuis le mois de mars. Les taux d’intérêt augmentent, les courbes s’aplanissent. Le taux swap européen à 2 ans teste le sommet de 3% qu’il avait atteint fin mars (un pic depuis juillet 2024). La dernière fois que ce cap psychologique était en vue, le baril de Brent cotait à… 120 USD! Les marchés ont conscience de la fonction de réaction de la Banque centrale européenne. Un conflit qui s’inscrit dans la durée entraînera des relèvements de taux. Cela fait déjà plus de quatre ans que l’inflation européenne dépasse l’objectif de 2%. Les chocs d’offres réguliers maintiennent la pression, notamment sous la forme d’une exacerbation des risques haussiers. Les marchés continuent donc à partir du principe que les taux directeurs seront “plus élevés pendant plus longtemps”.
Le taux américain à 2 ans continue à augmenter et atteint son niveau le plus élevé depuis février de l’année dernière. Les commentaires d’un membre important du Conseil de la Fed, Waller, ont brièvement porté la probabilité d’un relèvement de taux à la fin de ce mois-ci au point d’équilibre, à 50%. Selon lui, la Fed n’est qu’à un rapport sur l’inflation de prendre sa décision. Cet après-midi, la série de l’indice des prix à la consommation (IPC) du mois de juin sera publiée. Waller renvoie explicitement à l’inflation de base sous-jacente. Si celle-ci augmente de plus de 0,2% en base mensuelle (attentes du consensus), en ce qui le concerne, les jeux sont faits. Le procès-verbal de la réunion de juillet indiquait déjà que plusieurs membres de la Fed étaient disposés à sauter le pas. Après le rapport sur l’inflation, il y aura également la première audition semestrielle du président de la Fed Warsh devant le Congrès américain. Dans le contexte actuel, la détermination à rectifier la perte de contrôle sur l’inflation qui a caractérisé ces dernières années pourrait être considérée comme une urgence. Comme les membres de la Fed sont soumis à une période de réserve à partir de ce week-end, la combinaison indice IPC/Warsh qui sortira de la boîte aujourd’hui pourra s’avérer décisive pour l’issue de la réunion de juillet. Il n’en faudra pas beaucoup pour encourager les velléités actuelles de repositionnement des marchés. Ces derniers jours, les hausses des taux européens et américains ont maintenu le marché des changes à l’équilibre (EUR/USD 1,14), mais cette phase pourrait également devenir de l’histoire ancienne à partir de cet après-midi.
Le taux américain à 2 ans mise sur une action rapide de la Fed