Le pétrole envoie un « wake-up call » au marché des taux
Dans sa mise à jour économique accompagnant la décision sur les taux du 11 juin, la BCE a relevé davantage ses prévisions d’inflation pour cette année et la prochaine. Une annonce aussitôt digérée. Les spécialistes de la BCE ont également suggéré un scénario plus modéré avec une estimation en cas de résolution du conflit au Moyen-Orient et de normalisation des approvisionnements en pétrole plus rapides que prévues. L’inflation générale pourrait alors repasser sous la barre des 2% dès l’an prochain.
Après le cessez-le-feu et le début des négociations entre les États-Unis et l’Iran sur un accord définitif pour mettre fin à la guerre, le sentiment selon lequel le pire est derrière nous s’est répandu sur le marché et parmi les décideurs. Le prix du pétrole Brent est retombé aux alentours de 70 $/baril, effaçant ainsi la hausse depuis fin février. Le fait que le Brent cotait encore 60 $/baril au début de l’année semble toutefois avoir été oublié. Le débat sur un éventuel relèvement supplémentaire des taux de la BCE a suscité moins d’intérêt. Les faucons traditionnels (Nagel, Schnabel) ont évidemment continué à mettre en garde contre les risques d’inflation. D’autres ont parlé au conditionnel, mais le « report » de la nouvelle évaluation à septembre (avec de nouvelles perspectives) était perceptible. La semaine dernière, le marché a commencé à douter de la nécessité d’une augmentation cette année. Quoi qu’il en soit, « chacun » s’est préparé à un été serein sur le marché des taux (européen).
Un nouveau bras de fer militaire au sujet du contrôle du passage par le détroit d’Ormuz a suffi pour anéantir tout espoir de vacances reposantes. Le prix du baril de Brent a rebondi en l’espace de deux jours, passant d’un peu plus de 70 $ à 80 $ hier (78 $ aujourd’hui). Le scénario « modéré/favorable » de la BCE tombant à l'eau dans la foulée. Après une hausse d’environ cinq pdb mardi, les taux en euro à court terme ont encore grimpé jusqu’à 12 points de base hier. Malgré « l’utilisation du conditionnel », le marché (des taux) n’était clairement pas préparé. En moins de quarante-huit heures, le marché monétaire table sur un nouveau relèvement des taux d’intérêt en septembre (85%) ou octobre (100%) et penche pour une probabilité de plus de 50% d’un autre relèvement en fin d’année ou début 2027. Aux États-Unis, en dépit d’une hausse des taux moins prononcée, le taux à 2 ans (proche de 4,2%) a également atteint son record annuel. Si les taux en euro à court terme ont progressivement baissé vers les premiers niveaux de support ces derniers jours, la situation technique semble tout à coup reprendre de la vigueur. La réponse à la question « What's next? » reste tributaire de la communication chaotique et imprévisible sur le bras de fer (politique et militaire) entre les États-Unis et l’Iran et des perspectives d’une traversée sans encombre du détroit d’Ormuz. Ce matin, les taux d’intérêt et les prix du pétrole ont à nouveau lâché un peu de lest. Cependant, il est probable que le marché des taux soit devenu plus prudent pour revenir rapidement à un scénario modéré.
Une dernière parenthèse. Au symposium de la BCE à Sintra, tout le monde s’accordait à dire que la « forward guidance » ne fonctionne pas vraiment dans un contexte de chocs (de l’offre). Le président de la Fed, Kevin Warsh, s’était même montré à plusieurs reprises partisan des réserves des membres du conseil de la Fed quant aux commentaires sur la politique (de taux). Les événements récents ne feront probablement que le conforter dans sa vision.
Swap à 2 ans de l’UEM: le scénario modéré à nouveau « sur pause ».