La dynamique bat de l’aile dans les payrolls
Le week-end prolongé en raison de l’Independence Day a avancé d’un jour la publication des « payrolls » aux États-Unis par rapport au traditionnel premier vendredi du mois. Le marché attendait plus de clarté sur (le timing d’) un éventuel relèvement des taux de la Fed. Depuis sa prise de fonction, Kevin Warsh ne laisse passer aucune occasion de convaincre le marché que la Fed va réaliser son mandat de stabilité des prix. En attendant, l’inflation dépasse depuis 5 ans l’objectif de 2% et continue de s’en écarter. La Fed n’a pas non plus dû s’inquiéter d’un ralentissement de la croissance ou d’un affaiblissement du marché du travail, le deuxième pilier de son mandat. Entre mars et mai, l’emploi a progressé plus que ce qui est jugé nécessaire pour maintenir le chômage à un niveau bas. Un rapport solide devrait donner plus de poids à la question de savoir ce qu’attend la Fed pour joindre le geste à la parole en relevant ses taux. Vraiment?
Le rapport n’est pas à la hauteur des attentes. En juin, seuls 57 000 emplois nets ont été créés, soit environ la moitié de ce qui était attendu/espéré. Le taux de chômage, calculé sur la base d’une autre enquête, est tombé de 4,3% à 4,2%, mais pas pour la bonne raison. La baisse est en effet due à la diminution plus rapide de la population active (-720k) que l’emploi enregistré. Si une seule déception n’a pas en soi complètement ébranlé le tableau positif sous-jacent, pour les marchés, la dynamique a quelque peu battu de l’aile. Le marché ne table plus que sur une probabilité inférieure à 20% de relèvement des taux d’intérêt en juillet et de 60% en septembre (contre +/- 80% précédemment). Le dollar a également dû déchanter. Le cours EUR/USD a rebondi au-dessus de 1,14. La rupture technique inférieure à 1.1392 est sujette à discussion. Le prochain rendez-vous concernant les données américaines portera sur l’inflation IPC pour juin, le 14 juillet. Dans l’hypothèse où au moins l’inflation générale trouverait un peu de répit en raison de la baisse du prix du pétrole, ce rapport ne réorganisera probablement plus les cartes d’ici la réunion de fin juillet.
Quelques remarques à ajouter. Les données sous-jacentes montrent à nouveau quelques résultats inattendus. Ainsi, le « faux pas » était surtout dû à baisse de l’emploi dans la catégorie « loisirs et horeca », en dépit de la Coupe du Monde de la FIFA. Et les grands bonds dans la mesure de la population active et de l’emploi justifient certainement une analyse de cette série et d’autres à la « lumière statistique ». C’est ce qui va arriver. L’une des cinq « task forces » déployées par Warsh examine l’utilisation et la fiabilité des données à la lumière d’une politique efficace de la Fed. Une mesure certes utile, même si les nouvelles/autres données ne sont évidemment pas meilleures ou plus crédibles par définition. Voilà qui pourrait susciter le débat cet automne.
Enfin, ce matin, un message de Bloomberg a retenu notre attention. D’après des « sources bien informées », malgré une décision de la Cour suprême, l’administration Trump chercherait encore des moyens de licencier à la fois la gouverneure Lisa Cook et Jerome Powell, l’ancien président de la Fed. Elle tenterait également de mieux maîtriser la nomination des gouverneurs régionaux de la Fed. Le président Warsh a réussi à faire oublier le thème de l’indépendance de la Fed du grâce à une communication convaincante. Il ne s’agit encore que de rumeurs, mais ici aussi, la confiance repart plus vite qu’elle n’est arrivée (courage fuyons!).
Cours EUR/USD: des payrolls plus faibles que prévu coupent le souffle à l’USD.