Le taux directeur australien égale son pic post-Covid
Après trois relèvements consécutifs de 25 points de base (pb) cette année, le taux directeur australien a retrouvé son plus haut d'après-Covid (4,35 %). D'un point de vue symbolique, cela n'a rien d'anodin. Cela nous en dit aussi plus sur la fonction de réaction des banques centrales en général, dans un contexte où l’inflation dépasse déjà depuis quatre ans les objectifs et est beaucoup plus dynamique que pendant les années qui ont précédé 2022, en pleine politique de taux zéro.
Outre cette considération d'ordre général, l’Australie présente également plusieurs spécificités. Ainsi, la banque centrale (RBA) aurait pu aisément relever davantage son taux directeur lors du précédent cycle de resserrement monétaire en vue de lutter contre l’inflation, mais elle a choisi le meilleur des deux mondes afin de ne pas fragiliser inutilement la croissance. À titre de comparaison, sa voisine néo-zélandaise (RBNZ) était partie d'un point de départ similaire (0,1 % contre 0,25 %) pour ensuite culminer à 5,5 %. Dans le cycle baissier qui a suivi, la RBA n’a pu agir que beaucoup plus tard et de manière moins prononcée en raison d’une inflation plus tenace (plancher du taux directeur à 3,6 % contre 2,25 %).
En 2025, la croissance australienne a renoué avec sa vitesse de croisière. Après l’atterrissage en douceur, l'envolée des exportations (matières premières) et les investissements dans l’IA ont poussé l’économie à ses limites de capacité. Et l’inflation s’est donc à nouveau éloignée de l’objectif de 2-3 %. En février (avant l'actuel choc de l’offre énergétique), la RBA a procédé à un premier relèvement. Le pétrole est ensuite venu attiser l’inflation. La banque centrale observe déjà des signes de hausse des prix des biens et des services pour le consommateur final, due à l’augmentation des coûts de production. Les anticipations d'inflation (à court terme) sont en forte hausse. Dans son nouveau rapport trimestriel, la RBA évalue le pic d’inflation attendu à 4,8 % pour l’inflation générale et à 3,8 % pour son indicateur préféré de l’inflation sous-jacente. Cette dernière ne réintégrera la fourchette des 2-3 % que fin 2027. Les projections tablent sur un taux directeur atteignant 4,7 % en fin d’année et restant ensuite inchangé sur l’ensemble de l’horizon de politique. L’hypothèse de base concernant la guerre au Moyen-Orient mise sur une fin rapide et une baisse tout aussi rapide des prix de l’énergie.
Lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion, la présidente, Michele Bullock a déclaré que la RBA était provisoirement armée pour faire face aux futures incertitudes après trois relèvements consécutifs. L'envolée des prix de l’énergie et le resserrement monétaire mis en place freineront en principe la croissance. Celle-ci devrait se stabiliser à 1,4 %, après avoir atteint 2,6 % au cours de l’année civile 2025. Les marchés monétaires australiens escomptent toujours un relèvement supplémentaire dans un horizon de plus ou moins six mois. Sur le marché des changes, le dollar australien reste proche de ses cours les plus forts par rapport au dollar américain depuis la mi-2022 (zone de AUD/USD 0,72). La hausse des prix des matières premières en général, la politique divergente de la RBA et la relative faiblesse du dollar US ont entraîné, depuis le dernier trimestre de l’année dernière, une belle progression par rapport à des niveaux tournant autour de 0,65, limitant ainsi à court terme les risques de correction baissière de la paire de devises.
AUD/USD: le dollar australien a le vent en poupe