La BoJ continue (pour l’instant?) à tergiverser
Ce matin, la Banque du Japon (BoJ) a maintenu le taux directeur inchangé, à 0,75%. Les rumeurs et les commentaires préalables des responsables de la BoJ avaient déjà laissé entendre qu’elle prendrait le temps d’évaluer l’impact du conflit au Moyen-Orient. La décision n’a pas été unanime. Trois des neuf membres voulaient augmenter le taux à 1%, contre un en mars.
Commençons par un tour d’horizon du contexte de l’inflation. Depuis les années 90, le Japon tente de se libérer du traumatisme de la déflation. Hormis quelques rebonds généralement liés à des mesures fiscales, l’inflation s’est fixée bien en dessous de l’objectif de 2%. Vu ce traumatisme, il est compréhensible que la BoJ veuille s’assurer que l’inflation (et les prévisions) s’ancrent définitivement autour de 2%. Pour cela, les politiques monétaire et fiscale visent à provoquer une spirale salaires-prix positive qui devrait aboutir à des salaires réels plus élevés. Mais à quel moment cet ancrage sera-t-il considéré comme acquis? Depuis mars 2022, l’inflation CPI (hors produits alimentaires frais) cote au-dessus de 2%. Néanmoins, elle est tombée en deçà ces deux derniers mois, principalement à cause des mesures gouvernementales visant à modérer les prix de l’énergie. En revanche, l’inflation sous-jacente (hors produits alimentaires frais et énergie) s’est maintenue résolument au-dessus du seuil, à 2,4% (mars). S’il n’est jamais possible d’avoir des certitudes absolues, le fait d’avoir dépassé l’objectif pendant trois ans et demi devrait inspirer confiance à la BoJ. Aujourd’hui, elle a en outre fortement revu à la hausse ses prévisions d’inflation (hors produits alimentaires frais) pour 2026-28, à respectivement 2,8% (contre 1,9%), 2,3% (contre 2%) et, on pourrait presque dire par définition, 2% à la fin de l’horizon en 2028. Elle a par ailleurs revu à la baisse la croissance, notamment pour 2026 (de 1% à 0,5%). À cet égard, la BoJ part du principe que l’impact de la hausse du prix du pétrole s’estompera à partir de l’année prochaine. De plus, elle constate une pénurie persistante sur le marché du travail. La première hypothèse semble pour le moins optimiste. Le deuxième est également inflationniste en soi. La BoJ admet que la politique est accommodante: elle a l’intention de relever le taux, mais… attend encore un peu de voir l’impact du conflit au Moyen-Orient.
On peut logiquement conclure que la BoJ ramènera au moins le taux à un niveau proche du niveau neutre (autour de 1%+). C’était d’ailleurs l’argument des trois votes “contre”. Rendez-vous en juin, alors? Une fois de plus, lors de la conférence de presse, le gouverneur Ueda est resté réservé en ce qui concerne le (timing du) prochain relèvement de taux. Par conséquent, la probabilité qu’y attribue le marché n’a guère évolué (65%).
Aussitôt après l’annonce, le yen s’est légèrement renforcé (humeur: perspectives d’inflation plus élevées), avant de reculer à la suite des commentaires d’Ueda. Une fois encore, le marché (des changes) reste sur l’impression que la BoJ ne relèvera le taux qu’avec beaucoup de réticence, s’il n’est vraiment pas possible de faire autrement… Entre-temps, le taux directeur réel (actuel et futur) reste en territoire négatif et ne passera pas dans le vert de sitôt. Ce n’est pas de nature à soutenir la devise (dont la faiblesse alimente aussi l’inflation). La politique hésitante de la BoJ hypothèque un retour en force du yen. Si les pertes restent limitées, c’est surtout parce que les acteurs du marché n’osent pas attaquer la ligne (en pointillés?) rouge avant d’éventuelles interventions sur le marché des changes autour du seuil psychologique USD/JPY 160. Pas très vendeur pour la devise nipponne.
USD/JPY: la BoJ n’aide pas vraiment (ou vraiment pas?) le yen.