Le marché britannique devance la Banque d’Angleterre
Un “maintien actif”: c’est ainsi que le gouverneur de la Banque d’Angleterre (BoE) a décrit la décision de maintenir le taux à 3,75% jeudi dernier. À ne pas confondre avec un “lapin pris dans les phares”, avertit l’économiste en chef de la BoE, Huw Pill, le seul membre du comité de neuf à avoir voulu le relever à 4% d’emblée. Mais de cette manière, a expliqué sa collègue Catherine Mann, la banque centrale manifeste son inquiétude sur la persistance de l’inflation, compte tenu des conséquences sur l’économie.
Avec cette nouveauté lexicale, la Banque d’Angleterre illustre à quel point il est difficile de gérer en même temps une inflation toujours élevée – même avant les hostilités au Moyen-Orient –, une économie en berne et une vaste incertitude géopolitique. Cette fois, elle ne se sert pas de prévisions ponctuelles adaptées, comme elle le ferait d’habitude. À la place, la BoE utilise des analyses de scénarios, un peu sur le modèle inauguré par la présidente de la BCE Lagarde lors de la conférence de la BCE fin mars. Le scénario A suppose un choc temporaire des prix de l’énergie, peu d’effets de second tour et des ménages qui privilégient l’épargne. Selon nous, il est dépassé depuis longtemps. Dans le scénario B, le prix du pétrole et du gaz atteint un niveau similaire à celui du scénario A, mais le choc dure plus longtemps et les ménages freinent moins leurs dépenses. Le scénario C est une situation extrême, avec des prix du pétrole à 130 USD/baril (± 110 USD aujourd’hui), des prix du gaz deux fois plus élevés et une véritable spirale salaire-prix. L’inflation atteindrait un pic de 6,2% au début de l’année prochaine et stagnerait autour de 3% vers la fin de l’horizon de politique (T2 2029).
Dans la plupart des cas, les décideurs qui ont communiqué leur vision dans les commentaires individuels se rallient au scénario B. Les tableaux associés projettent un pic d’inflation de 3,7% au dernier trimestre de cette année. La BoE atteindra son objectif de 2% au T1 2028. La croissance en prendra un coup et le chômage augmentera, mais pas beaucoup plus que dans le scénario A. La BoE ne s’attend pas à une récession. Même dans le cas C, la banque centrale parle des risques d’une contraction potentielle, sans certitude.
Pour compléter le parallèle avec la BCE: chacune des trois issues possibles est basée sur les attentes du marché à l’heure actuelle, en l’occurrence deux relèvements de taux (jusqu’à 4,25%). Comme s’est exclamé le journaliste espagnol Andrés Stumpf à la fin de la conférence de presse de la BCE la semaine dernière: dans ce cas, pourquoi attendre? La question est peut-être moins pertinente pour la Banque d’Angleterre, car son taux directeur pèse encore théoriquement sur l’activité et tempère l’inflation. Ce n’est pas le cas dans la zone euro. Bailey a ajouté qu’à force d’anticiper, les marchés ont en fait déjà provoqué un resserrement financier et monétaire. Entre le risque d’en faire trop (et porter un coup dur inutile à l’économie) et celui de n’en faire pas assez (et perdre tout contrôle de l’inflation), la BoE préfère pour l’instant attendre.
Mais comme pour Francfort, le temps joue contre Londres. Plus le conflit dure, plus l’offre sera perturbée et plus la hausse des prix de l’énergie pénétrera en profondeur dans les couches de l’économie. La BCE connaît sa destination. La Banque d’Angleterre en réalité aussi, mais elle n’est pas prête à le dire. Le marché devance les deux. Les taux britanniques sensibles à la politique monétaire ont terminé la semaine en baisse de 15 pb à la suite de la décision de la BoE, mais restent proches des sommets de 2026. Pour cette année, le marché monétaire tient compte d’au moins deux relèvements des taux d’intérêt et se montre peu enclin à laisser filer le taux à court terme. Pour la livre sterling, le potentiel autour de EUR/GBP 0,86 est épuisé.
Le taux britannique à deux ans proches des sommets annuels, malgré la correction récente