La peur devient palpable
Avec l'enquête PMI européenne du mois d’avril, nous disposons aujourd’hui du premier chiffre qui rend compte du véritable impact de la guerre au Moyen-Orient. L’enquête mensuelle menée auprès des directeurs d’achats constitue un bon baromètre de la conjoncture économique, également pour la Banque centrale européenne (BCE). Le rythme ralentit, mais ce n’est même pas la principale préoccupation.
L’indice PMI global pour la zone euro a chuté pour la première fois en près d’un an et demi en dessous du niveau de 50 (de 50,7 à 48,6), le seuil symbolique qui marque la frontière entre croissance et contraction économique. Ce recul est à mettre sur le compte du secteur des services, qui représente toujours la plus grande part du PIB. Le PMI des services s'est ainsi replié, de 50,2 à 47,4, son niveau le plus faible en un peu plus de cinq ans. L’industrie manufacturière axée sur les exportations a partiellement amorti le choc, avec une hausse de 51,6 à 52,5, son plus haut en près de quatre ans. La plupart des entreprises du secteur préfèrent prendre leurs précautions et accumulent les stocks, par crainte (justifiée) de nouvelles perturbations des chaînes d’approvisionnement et de flambée des coûts. Les chiffres détaillés des nouvelles commandes montrent le même écart entre le secteur des services et l’industrie manufacturière. Le marché du travail ne souffre quant à lui pas encore du conflit. L’emploi a très légèrement diminué et à un rythme plus lent qu’en mars. Il va sans dire que les personnes interrogées dans l'enquête ne voient pas vraiment l'avenir en rose. La composante prospective, qui avait atteint son niveau le plus élevé depuis fin 2023 en février, est en deux mois retombée à son niveau le plus bas depuis novembre 2022, largement en dessous de sa moyenne à long terme.
Passons maintenant à la mauvaise nouvelle, surtout aux yeux de la BCE. Les séries relatives aux prix se sont envolées. Les coûts de production augmentent à leur rythme le plus rapide depuis fin 2022. Abstraction faite de la période post-Covid, il s'agit de la plus forte poussée inflationniste depuis 2000. C'est surtout dans l’industrie manufacturière qu'une grande partie de cette hausse des prix est déjà répercutée sur le client final. Dans l’ensemble, les prix de vente n'avaient plus autant grimpé depuis fin 2023. Étant donné les tensions croissantes dans les chaînes de production, cette inflation ne peut depuis longtemps plus uniquement être attribuée aux prix de l’énergie. Les prix des autres matières premières et le déséquilibre entre la demande et une offre perturbée rendent la tendance plus généralisée. Pour les semaines à venir, les auteurs de l’enquête craignent que les perturbations de l’offre continuent de peser sur la croissance et fassent encore grimper les coûts.
Avant d'entrer dans leur période de réserve en prévision de la prochaine réunion de politique (30 avril), les membres de la BCE ont voulu des statistiques économiques. Tout d’abord pour évaluer l’impact de la guerre. Ensuite, pour déterminer la fonction de réaction de la banque centrale. Christine Lagarde et ses collègues avaient profité du cessez-le-feu et du recul des prix pétroliers qui en avait découlé (en dessous de 100 dollars le baril) pour désamorcer les tensions à la réunion d’avril. Faire machine arrière sera difficile. Les premières données suggèrent qu'une intervention ne pourra ensuite plus tarder. Ne serait-ce que pour éviter le fiasco d’il y a quatre ans. Les marchés monétaires européens tablent sur un relèvement des taux en juin et sont à nouveau passés de deux à trois resserrements pour l'ensemble de 2026. Depuis l’expiration du cessez-le-feu initial, sans aucune perspective d’accord, les taux d’intérêt européens suivent la même tendance haussière que l'or noir (105 dollars le baril). Depuis lundi matin, les taux européens à deux ans ont pris jusqu'à 18 points de base et la courbe des taux s’est à nouveau aplatie. Sur l'échéance à dix ans, la hausse s’élève provisoirement à 8 points de base sur une semaine.
Enquête PMI pour l'UEM : chiffres inquiétants sur les prix en avril.