Réaction risk-on pavlovienne
Finalement, pas d’anéantissement de la civilisation iranienne, dont le président américain Trump brandissait encore la menace ce lundi, mais un cessez-le-feu de deux semaines, annoncé juste avant l’expiration de la date limite à 02 h 00 ce matin. Nous laisserons aux spécialistes politiques le soin d’estimer la teneur en TACO (“Trump Always Chickens Out”) du nouveau virage à 180° de la politique américaine. Quoi qu’il en soit, de nombreuses questions subsistent quant à la manière dont le plan en 10 points de l’Iran, transmis aux États-Unis par médiation pakistanaise, peut être concilié avec les exigences que les États-Unis formulaient jusqu’à hier pour mettre un terme au conflit. Outre une multitude de points de discussion militaires et politiques complexes, l’approche à adopter pour libérer le détroit d’Ormuz figure en tête des priorités des négociateurs. Le président Trump parle d’une ouverture totale, immédiate et sécurisée comme condition d’un cessez-le-feu. L’Iran considère que la traversée du détroit d’Ormuz pendant le cessez-le-feu sera possible “en coordination avec les forces armées iraniennes”… Reste à voir à quel point cette traversée sera “libre”.
Soit. Malgré de nombreux “mais”, les marchés manifestent logiquement une réaction risk-on pavlovienne ce matin. Outre l’espoir, la force de ce revirement est certainement en partie due à la hausse des tensions ces derniers jours, y compris hier. Les bourses européennes rebondissent de quelque 4% (Eurostoxx50). Le prix du pétrole Brent, qui cotait hier encore à plus de 110 USD/baril, retombe ce matin à 94 USD/baril. Pour rappel, fin février, nous en étions à 70 USD/baril. Le dollar, qui n’a profité que de manière limitée des incertitudes géopolitiques ces derniers jours, recule ce matin. Le cours EUR/USD se rapproche de la zone de 1,17.
Un facteur important pour les marchés sera évidemment la fonction de réaction des banques centrales, en particulier de la BCE. Hier soir, ils estimaient à 70% la probabilité d’un relèvement des taux d’intérêt européens de 25 pb pour fin avril et comptaient sur une hausse cumulative de 75 pb d’ici la fin de l’année. Ce matin, le swap à 2 ans de l’UEM corrige de 20 pb. Aujourd’hui, le marché n’évalue plus qu’à 25% la probabilité d’une hausse en avril et part du principe d’un relèvement total de +50 pb pour cette année. Pour l’instant, nous restons prudents vis-à-vis des conclusions économiques et estimations de la fonction de réaction de la BCE. Les marchés et les banques centrales sont confrontés à un “problème d’estimation multifocal”. Y aura-t-il rapidement une circulation plus ou moins libre du pétrole et d’autres marchandises? Combien de temps faudra-t-il pour relancer la production tombée à l’arrêt? Dans quelle mesure le système logistique, souvent fragile, a-t-il été déréglé, et à quelle vitesse pourra-t-il être rétabli? Plus généralement, la question est de savoir si la dynamique de l’inflation est lancée au point où les marchés retiendront un scénario plus ou moins aligné sur le scénario “défavorable” présenté le mois dernier par la BCE, ce qui suggère (au moins) une action corrective/préventive sur les taux d’intérêt. Dans ce contexte, la correction actuelle des taux pourrait assez vite toucher un plancher, par exemple si le pétrole trouve un nouveau point d’équilibre autour de 90-100 USD/baril. Quoi qu’il en soit, la réflexion des marchés évolue plus que jamais selon un arbre de décision de scénarios possibles.
Taux swap à 2 ans de l’UEM: chute (momentanée?) de pression dans la chaudière (de l’inflation)