Mouvements limités sur le marché des changes au T1
Le premier trimestre de l’année est presque terminé. Face au brouillard d’incertitude qui entoure actuellement la guerre au Moyen-Orient, l'heure est venue d'un bilan intermédiaire. Faute d'unanimité quant à la suite du conflit, le marché évolue nerveusement au rythme des titres dans la presse.
Nous commençons notre petit tour d'horizon par le marché des matières premières et plus particulièrement le segment de l’énergie. Le cours du Brent a augmenté de 85 % par rapport au début de l'année. Un baril à plus de 100 dollars montre que le marché ne croit pas beaucoup en une rapide désescalade. Le contrat de référence européen pour les prix du gaz (TTF) a bondi de 91 %, mais reste, à 55 euros le mégawattheure (MWh), bien en dessous des plafonds atteints après l’invasion de l'Ukraine par la Russie. Au niveau des métaux, c'est surtout la hausse de 16 % du prix de l’aluminium, également touché par le blocage du détroit d’Hormuz et les attaques ciblées de l'Iran, qui retient l'attention. Les prix de l’or et de l’argent sont respectivement environ 6 % et 2 % plus élevés que fin 2025. Cette stabilité apparente cache néanmoins un parcours plus chahuté. En janvier, les métaux précieux ont connu une envolée allant de 30 % (or) à près de 70 % (argent). Après une forte correction en février, mars a été marqué par un nouveau faux pas. L’or, en particulier, n’a pas réussi à remplir son statut de valeur refuge malgré les craintes inflationnistes. L’une des raisons se trouve sur le marché des taux d’intérêt. La courbe des taux de swap européens s’est aplatie au cours du dernier trimestre et est plus élevée sur les échéances allant jusqu’à 15 ans. Le taux de swap à 2 ans a grimpé de 57 points de base (pb). La troisième guerre du Golfe a contraint la Banque centrale européenne (BCE) à quitter sa zone de confort. Le marché des taux européen s’aligne actuellement sur le scénario "défavorable" de la BCE qui appelle à un ajustement rapide, mais limité, de la politique monétaire afin d'atténuer les conséquences du choc énergétique. Pour les réunions d’avril-juin-juillet, il table sur un resserrement cumulé de 50 points de base. Le taux de swap à 10 ans européen a pris 15 pb et a franchi le cap psychologique de 3 % sous l’effet de l'accroissement des primes de risque. Le taux de swap à 30 ans se situe toujours 14 pb en dessous de ses niveaux de départ. La baisse graduelle de janvier-février (désinflation !) n’a pas encore été entièrement effacée. La courbe des taux américaine est également plus élevée et plus plate, avec des hausses allant de 35 pb (2 ans) à 4 pb (30 ans). Au début de cette année, la question principale était de savoir combien de baisses de taux la Fed allait effectuer (une, deux ou trois ?). Aujourd'hui, on se demande plutôt si sa prochaine intervention sera vraiment une réduction de taux. Enfin, les taux britanniques affichent des hausses allant de 72 pb (2 ans) à 31 pb (30 ans). Ici, les anticipations du marché ont déjà complètement basculé en passant d'assouplissements à des resserrements.
Sur le marché des changes, les mouvements demeurent globalement limités. Parmi les devises des économies avancées, la couronne norvégienne se distingue particulièrement (EUR/NOK: -5,3 %), suivie du dollar australien (EUR/AUD : -4,65 %) et du yuan chinois (EUR/CNY : -3,5 %). » La couronne norvégienne et le dollar australien sont tous les deux soutenus par une politique monétaire restrictive. Par rapport aux plafonds des taux, la Norges Bank n’a procédé qu’à deux baisses au cours des deux dernières années, tandis que la Reserve Bank of Australia a pris la tête du mouvement de resserrement. Les prix de l’énergie offrent un avantage supplémentaire à la Norvège, pays exportateur de pétrole. Le yuan chinois était en voie d’appréciation depuis des mois (depuis le Liberation Day), mais il a connu un net regain de volatilité depuis la guerre. La variation de l’euro face au dollar (-2,4 %), mais surtout face à la livre sterling et au yen japonais (-0,3 % dans les deux cas), n'a rien de vraiment spectaculaire. Le billet vert, profitant de l'autonomie énergétique des États-Unis, s’impose dans un contexte de marché marqué par une forte aversion pour le risque, après une crise de confiance en début d’année. La monnaie unique européenne affiche un gain limité (0,5 % à 1,5 %) par rapport au trio d’Europe centrale.
Enfin, les bourses sont en passe de connaître leur trimestre le plus faible depuis le deuxième trimestre 2022. En dollars, les indices américains Dow Jones, S&P 500 et Nasdaq perdent environ 6 %, 7 % et 10,5 %, respectivement. L'indice EuroStoxx 50 affiche pour sa part un recul de 6 %. L’indice allemand Dax se distingue négativement (-9 %).
Mathias Van der Jeugt, salle des marchés KBC
Brent : +85 % pour le brut depuis le début de l’année.