La MNB en est pour sa peine pour l’instant…
La guerre au Moyen-Orient broie impitoyablement les perspectives de marché les plus poussées et les stratégies les mieux élaborées. Ce qui est vrai pour les investisseurs l’est aussi pour les banquiers centraux: il suffit de demander à la Banque nationale hongroise (MNB). La semaine dernière, celle-ci a “dû” maintenir le taux inchangé, à 6,25%.
Ce n’était pourtant pas prévu. Depuis septembre 2024, la MNB maintient le taux d’intérêt à un niveau relativement élevé de 6,5%. Investir maintenant pour récolter les fruits plus tard… Après des actions parfois téméraires en début de cycle, quand le forint faible menaçait de faire repartir l’inflation de plus belle, la MNB a misé sur la stabilité financière. C’était une condition sine qua non pour pouvoir assouplir la politique “à terme”, avec l’approbation du marché. Fin février, ce devait enfin être la saison des récoltes: l’inflation est tombée à 2,1% en janvier, nettement en dessous de l’objectif de 3% (± 1 pp) de la MNB. Certes, les restrictions de prix imposées par le gouvernement (à l’approche des élections d’avril) ont beaucoup aidé. Pourtant, les entreprises ont également fait preuve de modération dans leurs ajustements de prix. En parallèle, en février, le forint a testé son niveau le plus élevé vis-à-vis de l’euro depuis mi-2023. Mieux encore, la MNB a reçu l’aval clair des marchés: aussitôt après l’abaissement des taux fin février, le forint a encore grimpé. De nouveaux assouplissements en mars (et par la suite) semblaient donc une formalité. Quod non.
La semaine dernière, la MNB a de nouveau dû jouer la carte de la prudence en maintenant le taux directeur à 6,25%. Une décision d’autant plus douloureuse que l’inflation est retombée à 1,4% en février (un plancher qu’elle n’avait pas atteint depuis 2016!). Mais la Hongrie étant une petite économie ouverte, avec une forte dépendance énergétique, la guerre en Iran a immédiatement exercé une pression sur son marché. La devise a en grande partie renoncé aux gains qu’elle avait progressivement engrangés depuis le “Liberation Day”. Le cours EUR/HUF a brièvement testé le cap des 400. Autre chose encore: la semaine passée, la MNB a disposé de nouvelles perspectives. Bien entendu, la croissance pour cette année a été revue à la baisse (de 2,4% à 1,7%). Dans ses premières estimations du choc de prix, la MNB s’attend à ce que l’inflation rebondisse cette année à une moyenne de 3,8% (contre 3,2%), mais à ce qu’elle puisse (la banque centrale l’espère en tout cas) renouer avec l’objectif de 3% dans la seconde moitié de 2027. Pour ce que valent ce genre de prévisions, naturellement. Quoi qu’il en soit, la MNB n’a pu faire autrement que d’accorder à nouveau la priorité à la stabilité financière. La politique doit rester (trop) stricte et prudente. Réinvestir, dans l’espoir d’une meilleure récolte “plus tard”…
Et quand sera-ce “plus tard”? Tout dépend évidemment de l’impact économique et surtout, de l’impact sur les prix du conflit en Iran. Dans un scénario favorable, le débat sur un éventuel assouplissement pourrait reprendre après l’été. SI… Pourtant, il y a une lueur d’espoir pour la MNB. Après une première vague de ventes, le forint s’est assez vite maîtrisé (EUR/HUF 382). Outre la politique de la MNB, un autre facteur joue un rôle: le marché mise sur un changement de politique après les élections du 12 avril. Selon les sondages, le parti Tisza de Peter Magyar a une chance de mettre fin à l’ère politique d’Orban. Dans ce cas, la Hongrie pourrait entre autres obtenir relativement vite des fonds européens bloqués. Cela explique également en partie la résilience du forint. Nous reviendrons certainement sur ce sujet plus tard ce mois-ci.
EUR/HUF: le forint limite les dégâts