Belgique plus exposée que la moyenne au conflit
La guerre au Moyen-Orient constitue un grave choc d’offre énergétique pour les économies européennes. D'une part, ce dernier provoque une hausse des pressions inflationnistes. Au cours des dernières décennies, l'inflation énergétique en Belgique a connu des fluctuations nettement plus importantes que la moyenne de l’UE. Concrètement, c'est dans notre pays que les hausses des prix de l'énergie ont été les plus volatiles (tel que mesuré par l’écart-type) entre 2000 et 2025. Les estimations font état d'une accélération de l'inflation moyenne à 3,3 % (contre 1,9 % en février) en Belgique et à 2,7 % dans l’UEM (contre 1,8 %). D'autre part, le choc d’offre exerce une pression à la baisse sur la croissance économique. De manière générale, nous tablons provisoirement sur une croissance réelle du PIB de 0,6 % (contre 1,1 %) en Belgique et de 0,4 % (contre 1,1 %) dans la zone euro en 2026. Pour 2027, nous nous attendons à une reprise progressive de la croissance, dans l'hypothèse où le conflit se limite à un choc passager. Nous avons réduit notre prévision de croissance de 1,3 % à 1,1 % pour la Belgique et de 1,4 % à 1,3 % pour la zone euro.
Le principal canal de transmission direct tient à l’impact de la hausse des prix et à la diminution de l'énergie disponible, en particulier le pétrole et le gaz. La mesure dans laquelle cela affecte l’économie dépend de ce que l'on appelle l’intensité énergétique du PIB. La part de plus en plus importante que prennent les activités de services dans l'économie et l'amélioration de l'efficacité énergétique dans l'industrie ont entraîné une diminution de cette intensité énergétique dans tous les pays de l’UE au cours des dernières décennies. En Belgique, celle-ci reste cependant relativement élevée, surtout par rapport aux pays voisins. En 2024, elle était encore 25,6 % supérieure à la moyenne de l’UE. Aux Pays-Bas, en Allemagne et en France, elle était respectivement 5,1 %, 18,8 % et 4,9 % plus faible que la moyenne de l’UE. La consommation énergétique finale belge, exprimée par habitant, demeure également nettement plus forte (18,1 %) que la moyenne européenne. Aux Pays-Bas et en France, la consommation se situait respectivement 28,7 % et 15,0 % en dessous de la moyenne de l’UE, alors qu’en Allemagne elle la dépassait de 47,1 % Les entreprises et les ménages belges sont non seulement relativement plus sensibles que la moyenne au choc des prix de l'énergie (fossile), mais la Belgique est aussi relativement plus dépendante aux importations énergétiques. Les importations nettes d’énergie ont atteint 75,4 % de la consommation totale d’énergie du pays en 2024, un pourcentage nettement plus élevé que la moyenne de l’UE (57,2 %) et que chez les voisins néerlandais (69,3 %), allemands (66,7 %) et français (41,7 %).
Les échanges directs entre la Belgique et le Moyen-Orient concernent en grande partie les importations de matières premières minérales, notamment les produits pétroliers et gaziers. En 2024, la part du Moyen-Orient dans les importations totales de gaz naturel en Belgique s'est élevée à 14,7 %. En 2025, les exportations de notre pays vers le Moyen-Orient se sont montées à 12,1 milliards d'euros (1,9 % du PIB) et les importations en provenance de cette région à 6,7 milliards d'euros (1,1 % du PIB). Par rapport au total des exportations et des importations belges de marchandises, il s’agit d'une part de respectivement 2,4 % et 1,4 %, une exposition qui se situe dans la moyenne européenne. Sous un angle plus large, le conflit pourrait également entraîner une grave perturbation des chaînes d’approvisionnement mondiales dans leur ensemble. Ainsi, le Moyen-Orient est devenu ces dernières années un important hub de transit pour le transport de marchandises entre la Belgique et l’Asie. À l'heure actuelle, en Belgique, ce sont surtout les firmes pharmaceutiques qui semblent déjà souffrir des perturbations du fret aérien.
Enfin, la guerre au Moyen-Orient pourrait également avoir une incidence sur l’activité économique en érodant le moral des consommateurs et des entreprises. La plupart des derniers indicateurs de confiance de la Banque nationale font d'ailleurs déjà état d'un net recul dans les deux cas.
Dépendance aux importations énergétiques