Takaichi remporte une victoire phénoménale
Pari réussi pour la très populaire Première ministre japonaise Takaichi (pour les intéressés: prononcez Ta-ka-i-chi). Exceptionnellement réussi, même. Aux élections anticipées d’hier, son Parti libéral démocrate (PLD) a remporté rien moins qu’une victoire historique: il s’attribue 316 des 465 sièges de la puissante Chambre des représentants. Une large majorité des deux tiers et un nouveau record, non seulement pour le parti, mais aussi pour l’institution législative.
L’électeur japonais donne pour ainsi dire carte blanche à Takaichi, qui proposait une politique (fiscale) expansionniste et peut désormais la mettre en œuvre sans compromis avec d’éventuels partenaires de coalition. En outre, Takaichi et le PLD sont maintenant pratiquement immunisés contre la pression de l’opposition. Le virage à 180° opéré dans le débat sur la réduction de la taxe à la consommation sur les produits alimentaires (8%) à l’approche du scrutin est un bon exemple. Au départ, le PLD s’opposait à la mesure, avant de changer d’avis fin janvier. Difficile de faire autrement alors que presque tous les autres partis en faisaient la promesse aux électeurs. Le coût de la mesure est estimé à 5 000 milliards de JPY par an (quelque 27 milliards d’euros). Or entre-temps, la ministre des Finances a précisé qu’elle serait limitée dans le temps (à deux ans, donc jusqu’aux prochaines élections).
Grâce à ce mandat fort – plutôt que malgré celui-ci –, les marchés financiers japonais accueillent favorablement l’issue. Justement, comme le PLD ne devra pas sans cesse penser à l’électorat, il pourrait se montrer plus responsable sur le plan fiscal que ce que les investisseurs craignaient. Pourtant, les décideurs du PLD n’étaient pas entièrement sûrs d’obtenir cette confiance du marché, comme en témoigne le langage rassurant adopté par Takaichi elle-même peu après l’annonce des résultats. Quoi qu’il en soit, l’indicateur principal qui reflète l’avis du marché sur l’état des finances publiques reste calme. Les taux d’intérêt des obligations d’État à échéances ultralongues, à 30 et 40 ans, y sont les plus sensibles en raison des primes de risque (de crédit) croissantes. Ce matin, les mouvements journaliers très limités pour les deux échéances semblent de bon augure. Quant aux taux d’intérêt sur les durées jusqu’à 10 ans compris, ils augmentent de quelques points de base: l’on peut y voir à la fois l’anticipation d’une politique accommodante, qui pourra muscler la croissance japonaise, et de l’intervention de la banque centrale (Banque du Japon – BdJ), qui devra sans doute relever le taux directeur plus tôt que prévu. Ce n’est pas un hasard si le taux à deux ans, un indicateur de ce futur taux directeur, a atteint un nouveau sommet en trente ans ce matin.
Le marché accordent le bénéfice du doute à Takaichi et son équipe. Mais le calme à l’extrémité très longue de la courbe ne semble pas fait pour durer, d’autant qu’il est aussi fragile dans les autres grandes régions. L’UE envisage par exemple de gonfler massivement l’enveloppe commune (SAFE) pour les dépenses en matière de défense. Nous attendons le résultat de la réunion informelle de jeudi. Au Royaume-Uni, la position du Premier ministre Starmer après le départ de son chef de cabinet hier devient peu à peu intenable. Que se passera-t-il si son successeur potentiel se montre un peu moins méticuleux sur le plan fiscal? Les taux britanniques à long terme ont déjà tremblé la semaine dernière. Et aux États-Unis, l’extrémité longue de la courbe a sursauté ce matin en apprenant que l’autorité réglementaire chinoise restreint l’achat d’obligations du Trésor par les organismes financiers.
Takaichi remporte une victoire phénoménale