Fortes secousses (passagères ?) sur le marché britannique
Les marchés britanniques ont connu une journée mouvementée hier. Une décision de politique de la Banque d’Angleterre (BoE) étayée par de nouvelles projections nécessite toujours un certain degré de vigilance. Ajoutez à cela une touche d'incertitude politique et budgétaire, et le marché se retrouve directement sous pression. C’est exactement ce qui s’est passé ce jeudi. Pour la livre sterling, cela a été la tempête parfaite, qui a mis fin à la période de répit dont la monnaie bénéficiait depuis la dissipation des incertitudes budgétaires à l'automne dernier.
Les tensions ont commencé à monter mercredi. Le débat politique autour de la nomination de Peter Mandelson en tant qu’ambassadeur britannique aux États-Unis a fragilisé la position du Premier ministre, Keir Starrmer. Les marchés craignent qu'un nouveau Premier ministre travailliste opte une nouvelle fois pour une augmentation des dépenses, financée par la dette. Le marché frémit déjà à l'idée de renouer avec l'incertitude et la volatilité de l'année dernière. Les primes de risque britanniques sont reparties à la hausse. Le taux à 30 ans a, à un moment donné, pris plus de 7 points de base (pb). Des primes de risque de ce type ne sont évidemment d'aucun soutien pour la livre sterling. Le cours EUR/GBP a donc bondi en direction de 0,87. Peu de temps après, c'est la Banque d'Angleterre (BoE) qui est venue mettre son grain de sel. Le taux directeur a été maintenu à 3,75 %, mais la décision a été prise de justesse. Quatre des neuf membres du directoire ont en effet déjà voté en faveur d'une réduction, un nombre plus élevé que prévu. Le président, Andrew Bailey, a de nouveau été la voix décisive qui a permis d'éviter un tel basculement.
La BoE voit déjà l’inflation (toujours 3,4 % en glissement annuel en décembre) reprendre la direction des 2 % en avril et s'y maintenir, soit environ un an plus tôt que ce qui était anticipé dans les précédentes projections. Cela s'explique en partie par la baisse des prix de l’énergie due aux mesures budgétaires (provisoires) prises en vue de réduire la facture énergétique. La BoE observe cependant également des signes d'un allègement des pressions sous-jacentes sur les prix, notamment en raison de l'affaiblissement du marché du travail et d'une augmentation moins forte des coûts salariaux. Outre l’évolution de l’inflation, ce fléchissement du marché de l'emploi devient aussi de plus en plus un argument en faveur d'une baisse de taux qui permettrait de donner un peu d'oxygène à l’économie. La BoE laisse entendre que cela pourrait arriver assez rapidement. Le marché évalue la probabilité d'une baisse de taux le 19 mars à 70 %. Et une dernière intervention de "réglage fin" (finetuning) à 3,25 % au quatrième trimestre (probabilité de 80 %) est également envisageable. En résumé, la question est de savoir ce qui pourrait faire changer de camp Bailey. Ce dernier a encore besoin de nouvelles preuves. Une inflation qui ne surprend pas à la hausse ou des données d’activité toujours fragiles pourraient rapidement le convaincre. Avec une préférence pour mars donc.
En soi, un assouplissement progressif dû à un ralentissement de l’inflation ne constitue pas nécessairement une mauvaise nouvelle pour la devise. Le fait que la BoE n'ait cette fois-ci pas mentionné le terme "progressif" dans ses projections pourrait être le signe qu'elle ressent une pression provenant de l'essoufflement de la croissance. C’est tout de suite un peu moins favorable pour la livre. Ajoutez à cela les incertitudes politiques/budgétaires et un éventuel regain de volatilité généralisé sur les marchés, et la livre pourrait sortir plus tôt que prévu de sa torpeur hivernale. Une rupture au-dessus de 0,8746 EUR/GBP (sommet de janvier) constituerait la confirmation technique d’un nouveau schéma défensif par rapport à la livre sterling.
EUR/GBP : réveil de la livre.