La première banque centrale à relever ses taux
Nous y sommes. Une première banque centrale du club des économies avancées (hors Japon qui fait figure d'exception) a relevé son taux directeur. La Reserve Bank of Australia (RBA) a aujourd’hui rehaussé son taux directeur de 3,60 % à 3,85 %. Il est fort probable que le cap des 4 %+ sera atteint plus tard dans l'année (en mai ?).
La RBA s’inquiète depuis un certain temps de la hausse de l’inflation, souvent supérieure aux attentes. Il n'en a pas été autrement cette fois-ci. Tant l’inflation générale que les indicateurs sous-jacents ont gagné du terrain à partir du second semestre de l’année dernière. Au quatrième trimestre de l’année dernière, les deux mesures ont dépassé l’objectif de 2-3 %, à respectivement 3,6 % et 3,4 %. La suppression des subventions énergétiques n’explique qu’une partie de cette accélération. C’est surtout l'augmentation rapide des prix dans le secteur des services, dans les magasins et sur le marché résidentiel qui inquiète. La RBA a une nouvelle fois revu ses prévisions à la hausse. Après avoir atteint un pic supérieur à 4 % au milieu de cette année, il faudra attendre jusqu'au milieu de l'année prochaine (!) avant que l'inflation n'évolue de nouveau à un rythme acceptable.
En Australie, on se demande si et dans quelle mesure la politique monétaire a encore une incidence sur l'économie et l'inflation. Pour commencer, le taux directeur a atteint un pic de 4,35 % en 2023 et est resté à ce niveau tout au long de 2024. Un taux trop bas pour un pays comme l’Australie. Le profil (cyclique) de la Nouvelle-Zélande est similaire à celui de sa grande voisine, mais la banque centrale de ce pays a relevé son taux à 5,5 %. Trois baisses de taux australiennes plus tard, la question est devenue encore plus pertinente et la réponse est très probablement "non". En atteste la situation de l’économie. Au troisième trimestre de l’année dernière, l’Australie a enregistré une croissance de 2,1 % en glissement annuel. Selon la RBA, le pays atteint ainsi ses limites en termes de capacité. Dit autrement, une croissance encore plus rapide attisera l’inflation. Or, c'est exactement ce qui se serait produit au quatrième trimestre selon la banque centrale. Le secteur des exportations se porte en effet bien, mais c'est surtout les consommateurs australiens qui continuent de surprendre. La croissance annuelle moyenne pour l'exercice 2025 (clos en juin 2026) est passée de 1,9 % à 2,2 %. Il est donc grand temps d'appuyer sur le frein.
Ce matin, le dollar australien s’est renforcé par rapport à tous ses principaux concurrents. Le cours AUD/USD a effacé les pertes de ces derniers jours et est revenu à la barre de 0,70. Le cours EUR/AUD (1,68) est tombé à son niveau le plus bas (niveau le plus élevé pour le dollar australien) depuis mars de l’année dernière. Et la partie courte de la courbe des swaps a dans un premier temps pris plus de 10 points de base. Beaucoup pour une décision de taux qui était largement attendue et, surtout, la conséquence du ton ferme adopté dans la déclaration. La gouverneure, Michele Bullock, a ensuite tempéré les attentes lors de la conférence de presse.
Au cours des derniers mois, la politique monétaire est devenue un facteur secondaire pour de nombreuses paires de devises. Pour l'Aussie, ce n’est peut-être plus le cas. Le relèvement de taux creuse un fossé entre la RBA et le reste de l'Occident. Selon nous, le dollar australien a surtout du potentiel par rapport à son homologue américain, en particulier si les corrections éventuelles des matières premières, importantes pour l'Aussie, se font de manière ordonnée et que le sentiment vis-à-vis du risque demeure favorable. La zone de résistance pour le cours AUD/USD se situe entre 0,71 et 0,72, avec un grand vide jusqu'à 0,75.
AUD/USD : le relèvement de taux crée un fossé entre la RBA et le reste de l'Occident.