Avec l’approbation présidentielle
Les décideurs politiques du monde entier se plient à une règle tacite: éviter autant que possible les jugements de valeur sur le marché des changes. Or il se trouve que l’un d’eux est en croisade pour réécrire les règles du jeu à l’échelle internationale. De passage dans l’Iowa lors de sa tournée économique triomphale, le président américain Trump a déclaré que la baisse du dollar ne le préoccupait pas. Au contraire, le billet vert se porte à merveille. Pendant toutes ces années, la dévaluation du JPY et du CNY a été un caillou dans sa chaussure. Une devise plus faible offre un avantage concurrentiel incroyable à l’industrie et aux exportations nationales, dont la relance est justement l’enjeu de sa guerre commerciale. Make America Great Again… avec d’anciens ennemis comme de nouveaux alliés. Cette année, le cours USD/CNY est tombé en dessous de 7 pour la première fois depuis mai 2023. En l’espace de quelques jours, le cours USD/JPY est passé de 159 à 152.
À la fin de la semaine dernière, la rumeur d’une approche coordonnée entre le ministère japonais des Finances et la Fed américaine en vue d’interventions sur la paire USD/JPY a rompu le statu quo en place depuis des mois sur le marché des changes. Le dollar pondéré des échanges commerciaux (DXY) a crevé les planchers de 2025 pour tomber au plus bas depuis début 2022. La faiblesse généralisée du dollar a propulsé le cours EUR/USD au-delà du sommet de 2025 à 1,1919 et du seuil psychologique de 1,20; la paire s’achemine vers le prochain seuil de résistance. Les sommets de 2021 et 2018 s’élèvent respectivement à 1,2349 et 1,2555. Par contraste avec le soutien évident de Trump à la bourse américaine, comme en témoigne son intervention la semaine dernière à Davos, le dollar ne bénéficie d’aucune protection. Souvent, la clé de l’avenir réside dans le passé.
Le président américain s’engage sur un terrain glissant, même si ce n’est pas nouveau. Pour l’instant, la perte de confiance dans le dollar ne s’étend pas aux autres actifs américains (obligations et actions). Mais c’est un énième levier sous les alternatives très prisées à l’USD: les métaux précieux. Dans un premier temps, gardons tout de même l’œil sur le marché des taux. La hausse des anticipations inflationnistes pourrait rapidement pousser l’extrémité (très) longue de la courbe des taux américaine vers le seuil douloureux de 5%. Par ailleurs, la balance du double mandat de la Fed pourrait à nouveau pencher vers des risques d’inflation (haussiers). Cela rend quasi impossible tout abaissement des taux directeurs, avec ou sans Powell. La réponse à ce scénario: des taux plus élevés. En Europe, c’est l’inverse. Les membres de la BCE Kocher et Villeroy pointent d’ores et déjà le risque d’une baisse (des prévisions) de l’inflation, par l’entremise d’un euro plus fort.
Ce soir, après trois abaissements consécutifs au T4 2025, la banque centrale américaine laissera son taux directeur inchangé. Nous craignons que la séance de questions-réponses de Powell ne soit accaparée par des thèmes politiques. Pensez à ses vertes critiques après les assignations envoyées à l’adresse de la Fed, à son soutien public à la gouverneure Cook, à la dévaluation (consciente ou non) du dollar et, qui sait… à son successeur. Quelque chose nous dit que Trump annoncera son choix aujourd’hui. Après tout, le moment s’y prête…
EUR/USD (graphique mensuel): l’histoire se répète