L’USD/JPY jettera-t-il de l’huile sur le feu?
Depuis mai de l’année dernière, les marchés des changes évoluent dans une sorte de no man’s land. Après le Liberation Day, les investisseurs ont remis en cause le statut du dollar en tant que référence monétaire. Mais quelles devises auraient les lettres de noblesse nécessaires pour reprendre le flambeau? Jusqu’ici, les nouvelles économiques ou monétaires n’étaient pas assez univoques pour orienter les rapports entre les différents devises. Mais la saga des changes pourrait prendre un tour inattendu avec l’USD/JPY.
Aux deuxième et troisième trimestres de 2025, l’USD/JPY est resté en proie à l’incertitude. Plus tard, le yen s’est retrouvé sous pression: la normalisation des taux de la BoJ est particulièrement lente, alors même que l’inflation (hors produits alimentaires frais) dépasse l’objectif de 2% depuis avril 2022 (à un mois près). Le yen souffre donc d’un taux d’intérêt réel fortement négatif depuis longtemps. En commentant la décision de vendredi dernier (taux directeur inchangé à 0,75%), le président de la BoJ, Ueda, est resté vague quant à d’éventuels relèvements futurs. La BoJ veut plus d’assurances que la spirale haussière prix/salaires maintient “définitivement” l’inflation autour de 2%. Entre-temps, la banque centrale doit tenir compte du nouveau contexte politique. Les intentions fiscales volontaristes de la Première ministre Takaichi entraîneront une hausse considérable des primes de risque japonaises, une accélération de la chute du yen et des risques d’inflation (importée). Selon la théorie économique, une telle combinaison (politique fiscale expansionniste; devise faible) nécessite une politique monétaire plus stricte. Le Japon n’en est pas encore là. Les liens entre le gouvernement et la banque centrale sont plus étroits que dans les autres économies développées. Ainsi, si la BoJ estime que le yen ne peut/doit pas baisser davantage, il ne faudrait pas non plus qu’un resserrement trop rapide ne mine les intentions de croissance du gouvernement et ne fasse fortement grimper le coût de la dette. En parallèle, les autorités japonaises ont récemment laissé entendre qu’elles surveillent attentivement le yen. Remarquons qu’après la conférence de presse d’Ueda, son cours a rebondi: le ministère des Finances aurait demandé les cours sur le marché des changes, ce qui est généralement le prélude à une intervention. Plus fort encore, vendredi, la Fed de New York aurait elle aussi “contrôlé” le cours USD/JPY sur le marché. Pendant le week-end, les décideurs politiques japonais ont évoqué une collaboration étroite avec les États-Unis. Tout cela suggère la possibilité d’interventions coordonnées. Hormis une action limitée en 2011 (Fukushima), la dernière initiative de ce genre remonterait à 1998. Pour le marché des changes, ce n’est donc pas rien.
Si des interventions unilatérales ne convainquent pas toujours le marché, une action coordonnée serait une autre histoire. De 159,2 vendredi, le cours USD/JPY est déjà retombé à moins de 154, balayant un premier support (154,4). L’impact ne s’est pas limité au cours USD/JPY. Alors que la crédibilité du dollar est remise en question de toutes parts, les États-Unis semblent tout à fait prêts à contribuer à ce processus. Cela n’a pas échappé au marché: l’indice DXY (97) se rapproche du support de 96,21. En cas de rupture, il tomberait à son niveau le plus bas depuis février 2022. Ce matin, le cours EUR/USD a brièvement visé 1,19, le cours EUR/USD 1,1919 (sommet de septembre de l’année dernière) servant de point de référence. En cas de rupture, le dollar pourrait facilement accumuler d’autres pertes. Avec l’approbation (provisoire) des États-Unis, apparemment.
USD/JPY: les États-Unis veulent “aider” le Japon avec un dollar plus faible