Michele Bullock: la Maradona australienne?
Ce matin, la banque centrale australienne a maintenu son taux directeur inchangé à 4,35% pour le deuxième mois consécutif. Plus tôt dans l’année, la RBA avait déjà procédé à trois relèvements de taux de 25 points de base pour contenir l(es risques d)’inflation. Bien que le nouveau rapport trimestriel et la déclaration de politique évoquent encore la possibilité d’une dernière intervention (à la hausse), le marché a surtout d’abord capté des signaux pointant dans l’autre direction. La présidente de la RBA, Michele Bullock, a profité de la séance de questions-réponses avec la presse pour rectifier cette « erreur ».
Le communiqué de politique suggère en tout cas que la barre a été placée plus haut pour un quatrième relèvement des taux d’intérêt. Pour la première fois, la RBA annonce une politique monétaire modérément restrictive. Si le resserrement monétaire mis en place freine d’emblée la demande des consommateurs, l’impact global ne s’est pas encore fait sentir. À cet égard, une approche attentiste est privilégiée, du moins à court terme. La déclaration souligne également la reprise de vitesse sur un marché résidentiel en surchauffe. Outre le durcissement des conditions financières, les réformes fiscales (annoncées en mai lors de la mise à jour budgétaire) et les mesures macroprudentielles pèsent également dans la balance. Enfin,la pénurie sur le marché du travail australien a diminué plus que prévu dans les projections du trimestre précédent en mai. Le taux de chômage a grimpé à 4,4% au lieu des 4,2% prévus et se dirige vers 4,8% à la fin de l’horizon de politique. Au cours des prochaines années, la croissance australienne va ralentir en dessous du potentiel (légèrement au-dessus de 2%), même si d’après les nouvelles prévisions trimestrielles, l’économie est un peu plus résiliente que prévu (1,9%-1,5%-1,7% en moyenne pour 2026-2028). La mesure de l’inflation de prédilection de la RBA, qui fait abstraction des baisses et hausses de prix les plus importantes (moyenne tronquée de l’IPC), ne plongera sous le sommet de la fourchette d’inflation de 2-3% qu’au deuxième semestre 2027, mais reste inférieure à 3,5% cette année. En mai, la RBA tenait encore compte d’une hausse de l’inflation de base pour cette année.
L’extrémité courte de la courbe des taux australienne (3 ans) a perdu 5 points de base immédiatement après la décision. Le dollar australien est resté plutôt stoïque, proche de 0,7050 AUD/USD. L’accumulation de modifications subtiles évoque une baisse de la détermination. Ce n’était clairement pas l’accent souhaité par la banque centrale. Lors de la conférence de presse, la présidente de la RBA a pris les choses en main. En insistant à plusieurs reprises sur la multiplication des risques d’inflation (non seulement due aux conséquences directes et indirectes du choc de l’offre pétrolière, mais aussi à une économie intérieure qui se heurte à ses limites de capacité) et sur la possibilité d’un resserrement supplémentaire, elle a immédiatement réconcilié avec la baisse initiale des taux. Le marché monétaire australien estime à 80% la probabilité d’un dernier relèvement des taux d’intérêt début 2027.
La question de savoir si madame Bullock entend ou va réellement passer à l’acte continue d’alimenter la spéculation. Elle souhaite probablement surtout garder au chaud l’idée d’un relèvement des taux d’intérêt. Le marché (ou une partie de celui-ci) fait ainsi le travail. Une stratégie qui gagne globalement en popularité ces derniers temps. L’ex-gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mervyn King, a été le premier à l’adopter, la baptisant « théorie de Maradona » monétaire. Il y a 40 ans, Diego Maradona envoyait paître cinq défenseurs anglais en dribblant tout droit. Avec un tel « straight dribble », les banques centrales espèrent tout de même atteindre leurs objectifs de politique sans trop d’efforts/de changements. Détail singulier: le tout nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, a nommé monsieur King comme président de l’un des cinq groupes de travail chargés d’examiner le fonctionnement de la politique monétaire. En l’occurrence, du groupe responsable de la politique de communication.
Taux australien à 3 ans (graphique par jour): Bullock met de l’ordre