Le gouverneur de la BoE prend position.
Contrairement à Kevin Warsh (président de la Fed) mercredi, la Banque d’Angleterre (BoE) présidée par Andrew Bailey s’est en grande partie tenue au script attendu hier. La BoE a maintenu son taux directeur à 3,75%. Tout comme la Fed, la BoE se heurte à des désaccords familiaux. Trois membres du comité sur neuf voulaient d’emblée relever les taux (à titre préventif). Un de plus qu’en juin, même. Un constat qui ne présage toutefois pas d’une probabilité accrue de relèvement des taux d’intérêt. Garder les « vainqueurs » au sein du comité, en misant sur la victoire d’Andrew Bailey.
La Banque d’Angleterre doit également garder à l’esprit que les revirements liés au conflit au Moyen-Orient rendent une estimation tant de la croissance britannique que des risques d’inflation extrêmement incertaine. Elle tente aussi de mettre de l’ordre dans ce chaos en analysant différents scénarios. Dans le scénario de base, la BoE s’attend à ce que l’inflation remonte de 2,6% en juin à 3,2% (en octobre/novembre), avant de redescendre progressivement. Donc encore au-delà de l’objectif de 2,0%, naturellement. Mais... La BoE indique qu’elle ne peut pas faire grand-chose face à la hausse des prix de l’énergie. Elle doit néanmoins intervenir lorsque cela entraîne des effets de second tour, notamment dans la formation des salaires. Plus la hausse des prix de l’énergie perdure, plus ce risque augmente, mais la BoE perçoit actuellement peu d’indications en ce sens. Au contraire, des signes de désinflation sont apparus récemment . Une croissance relativement faible et des conditions plus souples sur le marché du travail pourraient même pérenniser cette désinflation. Conclusion: un taux directeur de 3,75% doit suffire. D’ailleurs, il est généralement admis que ce niveau est probablement légèrement supérieur au taux neutre. Lors de la conférence de presse, Andrew Bailey s’est même montré très explicite. Malgré davantage de votes en faveur d’un relèvement, il a enjoint l’assistance à ne pas en conclure que la Banque se rapproche désormais d’un relèvement. Le patriarche a ainsi choisi clairement son camp au sein de la discorde familiale.
Bien entendu, le marché a lui aussi compris de quel côté il valait mieux se ranger. La courbe des taux britannique s’est fortement raidie (2 ans -11 pdb; 30 ans 1,7%). Les marchés monétaires ont également appuyé les attentes concernant le calendrier d’un (éventuel?) relèvement des taux d’intérêt de la BoE. Elle table désormais sur une probabilité de seulement 30% d’une hausse de 25 points de base en septembre. La prise en compte d’un pas (un peu plus) complet n’est que pour décembre. La livre sterling ne doit donc pas compter sur le soutien immédiatement des taux, pas même en termes relatifs, comparé à ce qui a été escompté pour la BCE.
Après un retour entre mi-juin et mi-juillet, la livre a récemment connu une correction. Le cours EUR/GBP est retombé de 0,8455 au milieu du mois à environ 0,855 actuellement. Malgré le message accommodant de la BoE et la baisse des taux, le pond s’est légèrement renforcé hier, mais ce mouvement était sans doute principalement dû à un meilleur sentiment général (temporaire?) vis-à-vis du risque. Tant que l’incertitude au sujet du conflit au Moyen-Orient persistera et que les prix de l’énergie resteront élevés, cela ne profitera probablement pas à la livre, vu l’approche plutôt prudente de la BoE en matière d’inflation. Le débat sur un budget crédible du gouvernement Burnham pourrait également attiser la nervosité après les vacances. La zone EUR/GBP autour de 0,86 (plancher de l’ancienne formation en triangle, cf. graphique) reste le prochain point de référence sur les graphiques techniques.
EUR/GBP: la livre en mode correction. Pour l’instant, la BoE n’offre aucun soutien..