Fin de la position chaude
La table ronde et le paroxysme de la conférence annuelle de la BCE à Sintra (Portugal) venaient à peine de commencer que les marques d’affection pleuvaient déjà sur le podium. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a éludé la question d’ouverture – allons droit au but : la BCE va-t-elle encore relever ses taux ? – avec un argument contre la « forward guidance ». Le fraîchement élu président de la Fed, Kevin Warsh, grand adepte de la politique de communication de la banque centrale, a lancé un « I love you » à madame Lagarde, qui l’aurait bien offert un « french kiss » en échange. Ceux qui pensaient que le ton d’un ardent débat, ponctué de langoureux échanges, était lancé ont dû déchanter. La suite des langoureux échanges ans aucun doute réservé pour les coulisses.
Lagarde a d’emblée exprimé des regrets, laissant présumer une tournée d’adieu. Et de déplorer qu’il y a quatre ans, en pleine crise inflationniste, la BCE se soit retrouvée prisonnière de la « forward guidance ». L’héritage de 15 années de politique monétaire stimulante et résistante à la crise. Afin de ne choquer personne, la promesse éternelle ne pouvait guère être rompue sans raison. L’audit stratégique de l’an dernier a transformé le talon d’Achille d’alors en colonne vertébrale de la politique de la BCE. Adieu « forward guidance », bienvenue « framework guidance ». Un auto-hommage appuyé pour le parcours de ces derniers mois. Le marché a immédiatement été informé de la fonction de réaction dans différents scénarios. Laisser ce même marché faire sa propre estimation sur la base de la durée/l’intensité du choc de l’offre et de l’impact sur l’économie/inflation. En l’occurrence, les conditions financières (du marché) se sont de facto durcies dès le début et la banque centrale a donc acheté du temps pour attendre les chiffres. Les attentes du marché ont finalement été validées par un relèvement des taux d’intérêt en juin en raison de la hausse de l’inflation, de l’inflation de base et des anticipations inflationnistes. Le cadre reste en place, dans l’attente d’une nouvelle évaluation/validation en septembre. Après l’accord intérimaire entre les États-Unis et l’Iran et le moment où la boucle sera bouclée sur le marché pétrolier (70 $/baril de pétrole brut Brent), l’urgence (réunion de juillet) est moindre et les risques retrouvent un certain équilibre.
Soit l’entente entre les chiffres économiques, les prévisions du marché et la politique monétaire dont rêve le président de la Fed, qui entend limiter au minimum la voix au chapitre des banques centrales. De quoi ravir la presse avide de sensations. Le « Nous nous reverrons dans six semaines » (à l’issue de la première conférence de presse) a cédé la place à un « nous nous réunirons à nouveau dans quatre semaines ». Le seul dérapage résidait dans la diminution des risques d’inflation et des anticipations inflationnistes constatée ces dernières semaines.
Le débat s’est ensuite orienté vers l’intelligence artificielle (inflationniste ou non), les risques systémiques plus larges (leviers de crédit privés et publics, valorisations) et la politique bilantaire. Un consensus s’était formé sur la nécessité d’un nouveau renversement de la politique de liquidités (trop) généreuse au cours de la dernière décennie. Le gouverneur de la BoE, Andrew Bailey, a fait carton plein avec son sens de l’autodérision – « jamais content » à propos de la critique à son égard, d’une part, d’acheter trop d’obligations et, d’autre part, de les revendre trop rapidement (à l’issue de la crise Truss-Kwarteng).
À Sintra, la séance s’est soldée par un coup de foudre. Sur la source d’information économique la plus pertinente d’une part et la plus trompeuse d’autre part. Nous en retenons une de chaque catégorie. Le président de la Fed anticipe. Il veut que d’ici un an, la réserve fédérale se défasse des enquêtes obsolètes qui sont déjà dépassées au moment de leur publication, mais sur lesquelles reposent encore les prises de décision. Il espère disposer d’un tableau de bord en temps réel éclairant et révolutionnaire qui fera office de baromètre quotidien. Bailey, pince-sans-rince, a quant à lui judicieusement suggéré la meilleure fausse piste : des courbes forward pour les prix du pétrole et du gaz.
Taux swap UE à 2 ans : nouvelle évaluation/validation en septembre