Dollar prêt à gagner du terrain
Le marché des changes n'a pas souvent été traité dans ces colonnes ces derniers temps. Mais il y a des raisons à cela. La principale paire de devises, le cours EUR/USD,, est bloquée depuis trois semaines dans une fourchette comprise grosso modo entre 1,16 et 1,17. Ces deux derniers mois, le cours a oscillé entre 1,16 et 1,18. Et si l'on remonte à un peu plus loin– le début de la guerre au Moyen-Orient –, la fourchette se situe entre 1,14 et 1,18. L’année dernière (!), celle-ci était "un peu plus large", à 1,14-1,19, avec l'exception notable d'une pointe à 1,2050 fin janvier. Bref, il ne se passe pas grand chose. De plus, la volatilité (options) attendue de la paire de devises est retombée à ses niveaux les plus bas en près de cinq ans, tant à un mois qu’à trois mois.
Ces derniers jours, le cours est tombé dans le bas de sa fourchette latérale (1,16). Le billet vert a toutes les cartes en main pour forcer une rupture en direction de 1,14 dans un avenir proche. Les chiffres économiques. sont le principal argument qui plaide en sa faveur. Cette semaine aux États-Unis, nous avons déjà eu droit aux indicateurs de confiance ISM pour l’industrie manufacturière et le secteur des services, au rapport JOLTS sur les postes vacants et aux chiffres de l’emploi dans le secteur privé publiés par ADP. Demain, ce sera au tour du rapport officiel sur l'emploi. Les enquêtes ISM sont particulièrement positives et pointent une accélération de la croissance dans les deux secteurs. Les carnets de commandes en hausse sont de bon augure pour les prochains mois. Cela contraste fortement avec les indices PMI européens qui, dans le meilleur des cas, font état d'une croissance nulle ce trimestre. Sur le marché du travail, le nombre de postes vacants a atteint son niveau le plus élevé depuis mai 2024. C’est la première fois depuis janvier 2025 que le compteur d’ADP affiche plus de 122 000 créations d'emplois. Le contexte joue un rôle. Au dernier trimestre de l’année dernière, la banque centrale américaine a abaissé son taux directeur de 75 points de base au total, à 3,5 %-3,75 %, estimant que la balance des risques s’était déplacée, passant des risques inflationnistes orientés à la hausse (liés aux droits de douane) aux risques baissiers sur l’emploi ("no hire, no fire", c'est-à-dire ni embauches ni licenciements). La combinaison d’une croissance des investissements liée à l’IA, d’une politique budgétaire qui soutient la croissance et du nouveau choc de l’offre énergétique a de nouveau fait basculer la balance ces derniers mois. La Fed prépare une politique de taux neutre et la présidente de la Fed de Dallas, Lorie Logan, est la première à évoquer un relèvement avant la fin de l’année. Le marché abonde aussi en ce sens et s’en tient pour l’instant à l’hypothèse relativement prudente d’un seul resserrement au cours des douze prochains mois. La dynamique des chiffres (inflation plus élevée, croissance plus forte) laisse présager un repositionnement plus important et un soutien relatif des taux d’intérêt pour le dollar.
D’autres catalyseurs possibles à court terme sont le prix du pétrole et le sentiment visà-vis du risque.L’absence d’accord intérimaire entre Washington et Téhéran pousse à nouveau le prix du baril de Brent en direction de la barre des 100 dollars. Le billet vert profite de ces prix plus élevés vu que les États-Unis sont un pays exportateur net d’énergie. En ce qui concerne l’environnement de risque, les marchés américains ont connu une période particulièrement intense au cours de cette saison de résultats, le Nasdaq en étant l’exemple le plus frappant. L'indice technologique a bondi de 31,50 % en à peine deux mois, passant de son plancher de l'année (30 mars) à son plus haut annuel (1er juin) ! Pendant cette période, la perte journalière (cours de clôture comparé au cours d’ouverture) n’a jamais été "plus élevée" que celle d’hier (-0,88 %). Sans se prononcer sur la solidité des facteurs à l’origine de la hausse, il est logique que le marché finisse par subir au moins une correction technique. Un climat de risque un peu moins favorable pourrait également aider le dollar à court terme.
EUR/USD : prêt pour une pointe à 1,14 ?