La forte dynamique des taux pose de nouveaux jalons
Nous revenons sur le fil rouge de la semaine dernière avec une nouvelle série de jalons pour les marchés des taux internationaux. La courbe des taux swap européens cote au-dessus de 3 % sur les échéances de 5 ans et plus. Le taux allemand à 10 ans grimpe à 3,2 %, son niveau le plus élevé depuis 2011. Le taux américain à 2 ans confirme la rupture au-dessus de 4 %. Le taux à 30 ans se situe à un cheveu de son niveau le plus élevé depuis 2007. Le taux japonais à 30 ans franchit le cap des 4 % pour la première fois depuis l’introduction de cette longue échéance en 1999. Au Royaume-Uni, à l’extrémité très longue de la courbe (5,86 %), il pourrait prochainement être question des premiers niveaux de 6 % (et plus) depuis 1998.
Une fois encore, le Royaume-Uni est le plus durement frappé. Jeudi, Angela Rayner, vice-première ministre britannique et numéro deux du parti travailliste il y a quelques mois encore, et Wes Streeting, ministre de la Santé publique jusqu’à la semaine dernière, ont annoncé qu’ils briguaient la présidence du Labour et donc à le poste de Premier ministre. Pour ouvrir la voie à cette compétition interne, ils comptent sur Andy Burnham. Le maire de Manchester, qui doit d’abord se frayer un chemin au parlement britannique, dispose toutefois d’une piste depuis la semaine dernière. Celle-ci passe par « Makerfield ». L’actuel représentant travailliste du district s’offre lui-même ainsi que son siège pour donner rapidement une chance à Burnham. Le 18 juin, il affrontera les candidats écologistes et du parti Reform UK, grand vainqueur des élections locales qui ont plongé le gouvernement britannique dans sa énième crise. S’il l’emporte, il pourra défier Starmer moyennant le soutien officiel de 81 parlementaires. Le congrès du parti travailliste de fin septembre accueillera alors la bataille. Le marché craint un virage à gauche amorcé par la popularité de Burnham et la pression moins soutenue sur les finances publiques précaires. Avec des primes de risque plus élevées comme conséquence logique. Non seulement pour les Gilts britanniques, mais aussi pour la livre sterling. La semaine dernière, le cours EUR/GBP est passé de la limite inférieure d’un canal étroit (0,8610 EUR/GBP) au seuil supérieur, juste au-dessus de 0,87. Un affaiblissement de la livre sterling reste le scénario privilégié, le pic de 0,8865 EUR/GBP en 2025 faisant office de prochaine référence technique.
Au niveau sous-jacent, il convient de noter que la tendance globale des taux observée ces deux derniers jours repose principalement sur la vraie version de l’histoire. Les anticipations inflationnistes et la prime de risque inflationniste associée se sont stabilisées. Pour commencer, le modèle prévisionnel des banques centrales tend de plus en plus vers une multiplication et une accélération des relèvements de taux. Même aux États-Unis, le marché monétaire est en pleine mutation. Lors de la réunion de politique précédente, bon nombre de membres de la Fed ont déjà plaidé en faveur d’une renonciation au biais accommodant. Après des chiffres solides sur le marché de l’emploi et des prix à la consommation et à la production plus élevés, le débat est clos. En outre, la pression sur la politique fiscale augmente en tant que facteur de soutien à la croissance, malgré une marge de manœuvre limitée. Tout comme pour l’inflation, le temps est l’élément déclencheur. Plus le conflit perdure, plus la pression augmentera. Pour l’instant, le prix d’un baril de pétrole brut Brent oscille autour de 110 $. L’Agence internationale de l’énergie met notamment en garde contre une solide hausse des prix, car les réserves (exceptionnellement élevées au début de la guerre) frôlent des niveaux critiques. Avant la guerre, l’AIE prévoyait un excédent global d’environ 4 millions de barils par jour cette année. Dans sa dernière mise à jour, elle prévoit désormais une pénurie mondiale de pétrole.
Les taux swap européen à 5 ans en passe de franchir la barre des 3 %