Des points de vue divergents poussent le cours NOK/SEK vers la parité
La banque centrale suédoise (Riksbank) a, comme prévu, laissé son taux directeur inchangé à 1,75 % ce matin, un bon point de départà partir duquel elle devra éventuellement adapter sa politique monétaire. Dans l’analyse des différents scénarios, seule une augmentation de taux est explicitement mentionnée. Mais si celle-ci a lieu, ce ne sera pas dans l'immédiat.
La Riksbank s’est réunie sans disposer de nouvelles projections économiques, mais avec les yeux d'autant plus tournés vers le Moyen-Orient. En l’espace de 24 heures, le président Trump a fait monter la pression sur l’Iran pour qu'il rouvre le détroit d’Ormuz en lançant son opération Freedom, avant de suspendre cette mission et annoncer par la suite être proche d’un accord. Stockholm gère ses aléas géopolitiques en maintenant un cap monétaire ferme. Le risque que la guerre entraîne une hausse de l’inflation a augmenté par rapport à la réunion de politique de mars. Dans un premier temps, par le biais des prix de l’énergie. Mais la Riksbank constate également que les prix d'autres matières premières augmentent aussi et que la pression sur les coûts des entreprises s’accroît. Plus le conflit durera, plus les risques seront élevés. Le point de départ de cette éventuelle accélération de l’inflation est toutefois plus bas que prévu. Les chiffres d’avril parus hier font état d’un ralentissement de l'inflation générale à 0,8 %, son plus bas depuis décembre 2020 et largement au-dessous de l’objectif de 2 %. Hors énergie, l’inflation de base a même stagné pour la première fois en 30 ans. "Bien en deçà des prévisions", décrit la Riksbank. La banque pointe en outre des signes d’une économie faible qui se redresse plus lentement qu’espéré.
La combinaison de ces deux risques contradictoires pousse la Riksbank à rester dans une position attentiste. Les marchés monétaires suédois ont déjà fortement revu à la baisse leurs prévisions de relèvement des taux ces derniers jours et poursuivent sur ce même élan ce matin, avec une probabilité de seulement 60 % pour le second semestre 2026. La couronne suédoise n'a quasiment pas réagi à cette décision et se maintient aux alentours de EUR/SEK 10,84.
Pas d'hésitation pour la Norges Bank
"Sur la base de son actuelle évaluation des perspectives d’inflation, le Comité esttime qu’il faudra probablement relever le taux directeur lors de l’une des prochaines réunions de politique monétaire." - Norges Bank, mars 2026.
Par "l'une des prochaines réunion", il faut entendre "la prochaine". La banque centrale norvégienne a traduit ses paroles en actes et a relevé son taux directeur de 4 % à 4,25 %. Elle pointe une inflation étonnamment élevée (3 % à 3.6 % en mars), qui risque encore de s'accélérer sous l’impulsion de l’énergie. Si l'on ajoute à cela la forte croissance des salaires, on peut en déduire que les prévisions, qui viennent d’être revues à la hausse, risquent d’être rapidement remises en question. À l’ère post-pandémie, l’objectif de 2 % relève pour le moment plus d'un espoir que de la réalité. Oslo intervient pour éviter que la poussée actuelle, après des années d’inflation déjà excessive, ne prenne un caractère semi-permanent à cause d'une évolution des anticipations (des consommateurs et des entreprises). L’économie norvégienne se porte bien et l'incidence de la flambée des prix de l’énergie peut, du moins en partie, être atténuée par le fait que ce pays est riche en pétrole et en gaz. La Norges Bank dispose donc d'une plus grande marge de manœuvre que les autres dans cette crise.
En ce qui concerne l'évolution de sa politique, la banque centrale s'en tient à son message de mars : rien n’est gravé dans le marbre en raison de la forte incertitude, mais le taux pourrait encore atteindre 4,5 % cette année. Le marché estime que la Norges Bank interviendra déjà de nouveau le mois prochain. Mais il s'interroge encore sur une éventuelle autre hausse. Les taux de swap norvégiens évoluent aujourd’hui à contre-courant de la tendance mondiale, avec une légère hausse sur la partie courte de la courbe. La couronne norvégienne se renforce en direction de EUR/NOK 10,86. Les divergences enntre Scandinaves ont récemment entraîné un test de la parité symbolique NOK/SEK.
Cours NOK/SEK (graphique hebdomadaire) proche de la parité. La politique monétaire divergente et la hausse des prix de l’énergie soutiennent la couronne norvégienne.