La Banque de Norvège change de cap
Dans sa déclaration de politique du 21 janvier 2026, la banque centrale norvégienne (Norges Bank) disait ce qui suit : "Les perspectives sont incertaines, mais si l’économie évolue globalement comme prévu à l'heure actuelle, le taux directeur sera encore abaissé courant de l’année." Deux mois et une guerre au Moyen-Orient plus tard, la banque change complètement son fusil d'épaule. Les projections d’inflation actualisées font état d'un relèvement des taux lors de l’une des prochaines réunions de politique.
Par rapport à d'autres institutions comparables, la Norges Bank était moins avancée dans son cycle de normalisation. La faute à une inflation tenace qui ne lui avait permis de réduire son taux directeur (en deux étapes) de 4,5 % à 4 % qu’à la mi-2025. La confiance dans la désinflation future était fragile, mais elle était là. Les perspectives de décembre indiquaient un taux directeur à 3,25 % à la fin de l’horizon de la politique en 2028. La Norges Bank n'évoque désormais plus du tout ce scénario. Compte tenu de l’énorme incertitude, nous ne regardons pour l’instant pas au-delà de 2026. Pour la fin de cette année, la banque avance un taux directeur compris entre 4,25 % et 4,5 %.
Tout ceci est évidemment lié au choc énergétique. La Norvège est un pays riche en pétrole et en gaz et est donc plus qu’autosuffisante. Elle est mieux protégée contre les répercussions économiques du conflit – qui n'ont pratiquement pas été modifiées dans les nouvelles projections – mais elle n'est pour autant pas à l'abri de ses effets inflationnistes. La hausse des prix mondiaux se répercute sur le marché intérieur. Cela apparaît clairement dans les nouvelles projections. Pour 2026, la Norges Bank a revu son anticipation concernant l’inflation totale d’un point de pourcentage, à 3,4 %. Au niveau sous-jacent, elle table désormais sur 3,3 %, contre 2,7 % en décembre. Et pour ce que cela vaut : Oslo ne prévoit un retour à 2 % qu’en 2029.
Selon les projections, l'inflation devrait donc encore rester (largement) supérieure à l'objectif, comme c'est le cas depuis déjà longtemps. Un véritable sujet de frustration que la banque mentionne explicitement dans sa déclaration de politique. La situation avait déjà conduit, avant le nouveau choc, à des attentes biaisées chez les ménages et les entreprises (4 % et plus, à moyen et à long terme). Cela risque de ne faire qu'intensifier la pression déjà plus forte que souhaité sur les prix. La révision à la hausse des prévisions relatives aux augmentations de salaires montre que le spectre d'une spirale prix/salaires constitue une véritable source de préoccupation en Norvège.
Le virage à 180° norvégien a entraîné une forte hausse des taux à court terme ce matin. Les échéances à deux et trois ans ont grimpé de près de 10 points de base. Le taux à deux ans (swap) prend la direction de son plus haut de 2023, proche de 5 %, qui était déjà son niveau le plus élevé depuis 2008. Le marché évalue provisoirement la probabilité d’un relèvement de taux le 7 mai à 60 %. Et il reste encore de la marge, tant que le conflit durera et que les prix continueront donc d'être (plus) élevés. La couronne norvégienne a bien résisté à l’escalade géopolitique et à l’aversion pour le risque qui en découle. La devise, soutenue par le cours de l'or noir, cotait à la fin de la semaine dernière autour de EUR/NOK 11, le niveau le plus élevé depuis début 2023. La correction technique qui a suivi est restée limitée. Dans les circonstances actuelles, la couronne pourra rester forte. D’un point de vue technique, une rupture en dessous de EUR/NOK 11 ouvrira la voie vers la zone comprise entre 10,7 et 10,83.
Le vent a déjà tourné pour le taux d’intérêt à deux ans norvégien (swap), qui prend la direction de 5 % et de ses niveaux les plus élevés depuis 2008.