La confiance des industriels brille au milieu de la morosité

Opinion économique

La confiance des entreprises dans le secteur manufacturier est élevée dans tous les grands pays industrialisés. Dans le sillage de la deuxième vague Covid-19, le sentiment s’est néanmoins à nouveau affaibli dans la plupart des grands pays de la zone euro. En Allemagne, cependant, la confiance a bien résisté pour l’instant. C’est une lueur d’espoir au milieu des sombres nouvelles économiques d’aujourd’hui. L’industrie allemande était déjà en récession lorsque la crise du coronavirus a éclaté. Mais après la première vague de Covid-19, une reprise s’est amorcée. La situation économique internationale relativement favorable pour l’industrie peut faire en sorte que cette reprise ne s’arrête pas. En effet, pour l’économie allemande hautement industrialisée et relativement ouverte, la demande provenant de l’extérieur de la zone euro pourrait compenser la demande plus faible des autres pays de la zone euro. Cela permettrait à la machine exportatrice allemande de sauver l’économie de la zone euro d’une situation plus défavorable, comme elle l’a fait après la crise de l’euro. Les chiffres récents des commandes confirment cet espoir.

Une forte confiance dans l’industrie manufacturière

Au milieu des sombres nouvelles économiques sur la crise du Covid-19 en Europe, les récents indicateurs de confiance des entreprises dans le secteur manufacturier sont une lueur d’espoir. Selon l’indicateur du bureau de recherche IHS Markit, la confiance dans la zone euro en octobre était à son plus haut niveau depuis la mi-2018 (figure 1). À en juger par les tendances récentes, la deuxième vague du virus ne semble guère affecter le secteur manufacturier. En novembre, la perte de confiance n’a été que légère. Comme pour la première vague, les coups durs sont principalement portés aux secteurs des services. La récession du coronavirus confirme donc son caractère atypique. Habituellement, l’industrie est soumise à de plus grandes fluctuations – les récessions frappent plus durement et la reprise est souvent plus forte. Dans de nombreux secteurs des services, la fluctuation de l’activité sur le cycle économique est souvent plus limitée. Il en va autrement dans la crise actuelle, car les mesures prises contre la propagation du virus rendent la prestation de services particulièrement difficile, surtout si elle nécessite un contact étroit entre les personnes. Dans l’industrie et la construction, le maintien de la distance sociale peut également entraver l’activité, mais en général, ces secteurs sont mieux à même de s’adapter. C’est ce qui ressort déjà des premières données sur l’impact du second lock-down en Belgique. Début novembre, la baisse du chiffre d’affaires dans le secteur de la construction était limitée à « seulement » 9%, contre 45% en avril. Dans les secteurs industriels, la baisse début novembre était en moyenne de 12 % contre une moyenne de 37 % en avril (source : Economic Risk Management Group). L’Institut national de la statistique et des études économiques fait une évaluation similaire pour l’économie française.

Toutefois, la deuxième vague de la pandémie de Covid-19 n’est pas entièrement sans conséquences pour l’industrie européenne. Ces derniers mois, tous les grands pays industrialisés ont vu un regain de confiance des entreprises dans le secteur manufacturier. Mais si la confiance a encore augmenté en novembre pour atteindre son plus haut niveau depuis la mi-2019 aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, en Chine et au Japon, elle a légèrement baissé dans les grands pays de la zone euro (figure 2). L’Allemagne fait plus ou moins exception avec une stabilisation de la confiance. En outre, la confiance allemande est actuellement la plus élevée parmi tous les grands pays industrialisés. C’est donc principalement grâce à l’Allemagne que la confiance dans la zone euro se maintient relativement bien.

La machine à exporter allemande est-elle de nouveau bien solide ?

Cette confiance relativement forte en Allemagne peut être due au fait que, malgré les récentes inquiétudes, la deuxième vague de Covid-19 y reste plus limitée que dans les autres pays européens. De plus, l’Allemagne est intervenue plus tôt pour freiner la flambée du virus, et les mesures visent à limiter directement les contacts sociaux plus que dans les autres pays tout en préservant autant que possible l’activité économique. Par exemple, les mouvements non essentiels sont limités, mais tous les magasins restent ouverts. Une telle approche rapide et ciblée peut contribuer à limiter la perte de confiance des entrepreneurs. La confiance des entreprises reste également plus forte dans les secteurs des services et du commerce de détail en Allemagne que dans les autres grands pays de la zone euro.

Le niveau d’optimisme relativement élevé des industriels allemands reflète probablement aussi le climat international. De tous les grands pays industrialisés, l’Allemagne est le plus orienté vers l’exportation, et les marchandises se taillent la part du lion (37,9 % du PIB en 2019, source : OCDE). L’industrie manufacturière représente toujours une part remarquablement importante de l’économie : plus de 20 % du PIB, soit presque le double de la part des États-Unis (chiffres de 2018, source : OCDE). En 2019, près de la moitié des exportations allemandes de biens étaient destinées à des pays hors UE (source : Statistisches Bundesambt). L’industrie allemande peut donc être considérée comme la porte d’entrée de l’économie européenne vers le reste du monde.

C’est précisément pour cette raison que l’optimisme global dans l’industrie est une lueur d’espoir. Lorsque la crise du Covid-19 a éclaté, l’industrie allemande était déjà en récession, en partie à cause des problèmes structurels de l’industrie automobile. Toutefois, une reprise a commencé et le climat international relativement favorable à l’industrie peut garantir que cette reprise ne sera pas interrompue par la deuxième vague de pandémie en Europe. Les chiffres d’octobre concernant les nouvelles commandes dans l’industrie allemande justifient cet optimisme. Elles ont de nouveau augmenté grâce aux commandes nationales et aux commandes provenant de l’extérieur de la zone euro. Cela a compensé la baisse des commandes en provenance des autres pays de la zone euro, qui ont été plus sévèrement touchés par la deuxième vague (figure 3). Si cette tendance se poursuit, la machine à exporter allemande pourrait sauver l’économie de la zone euro d’un résultat plus mauvais, comme elle l’a fait après la crise de l’euro de 2011-2012.

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