L’AUD dame le pion à l’USD
Le dollar australien fait son grand retour depuis plusieurs semaines. Son pendant américain, en particulier, le talonne: un cours AUD/USD de 0,69 fin juin/début juillet proche de – bien que n’ayant pas encore atteint – 0,72 actuellement. La paire de devises s’approche d’un seuil de résistance à 0,7208 (reprise de 61,8% sur la baisse entre 2021-2025). Le record annuel actuel de 0,7278 (mai) constitue LA référence. En théorie, si ce seuil tombe, d’importants gains techniques suivront. Le dollar australien a de bonnes cartes en main, mais il n’est évidemment pas le seul à décider de la suite en AUD/USD.
La devise australienne bénéficie de catalyseurs cycliques et monétaires. La banque centrale (Reserve Bank of Australia, RBA) a déjà relevé son taux directeur à trois reprises l’an dernier. Lors de la dernière réunion de politique du 11 août, elle a opté pour le statu quo à 4,35%. Quelques adaptations subtiles dans la déclaration de politique ont donné au marché l’impression que la RBA allait progressivement lever le pied. Voilà qui n’était pas du goût de sa présidente Michele Bullock, qui a remis les points sur les i lors de la conférence de presse. À juste titre, comme en témoignent pratiquement toutes les nouvelles informations depuis le 11 août.
Par exemple, d’après le procès-verbal de la réunion en question, la décision de politique n’était pas intrusive. Un quatrième relèvement consécutif a été discuté en détail. La RBA redoute toujours les risques de hausse de l’inflation. S’ils se manifestent, une mesure supplémentaire s’imposera plus tard dans l’année. Un message qu’Andrew Hauser a lui aussi lancé à nouveau sur le marché la semaine dernière. Le vice-président de la RBA a mis en garde contre la hausse des prix de l’énergie due au conflit au Moyen-Orient, ainsi que contre la pression intérieure sur les prix. L’économie australienne teste les limites de sa croissance sans créer de pression inflationniste. Il s’agit d’un trio formé par la ruée aux investissements dans l’IA, une hausse des matières premières (un certain indicateur cote aux plus hauts niveaux depuis 2008) et le consommateur invétéré confirmé ce matin encore. La RBA table sur une normalisation du marché du travail pour tempérer les ardeurs de ce dernier. Le rapport sur le marché du travail de juillet publié la semaine dernière émet au moins des signaux mitigés à cet égard. Le taux de chômage grimpe, mais reste (très) bas d’un point de vue historique. L’emploi s’est quant à lui contracté, mais uniquement pour les temps partiels et après un mois précédent très solide.
Entre-temps, l’inflation australienne reste tenace. Les chiffres mensuels d’hier, qui gagnent en importance, placent l’indicateur global à 3,5%. Une légère amélioration par rapport aux 3,8% de juin, mais moins bonne que l’accalmie espérée à 3,3% et plus élevée que l’objectif de 2 à 3% de la RBA. Une mesure lissée a flirté avec les 3,6% de juin (contre 3,5% attendus). Les attentes des consommateurs pour l’année à venir (4,9%) ne baissent plus et restent à des niveaux largement supérieurs aux normes d’avant la pandémie. Ces derniers jours, le marché est donc arrivé à une conclusion presque inévitable : la RBA relèvera les taux à 4,6% cette année encore, au plus tard en décembre et si tout va bien en novembre. Ce que Michele Bullock n’a pas fait lors de son intervention du 11 août.
Ce soutien supplémentaire des taux d’intérêt ne suffira probablement pas à lui seul pour compenser la rupture technique à la hausse du cours AUD/USD. Pour ce faire, l’aide du côté américain est nécessaire. La récente faiblesse de l’USD a déjà contribué à la hausse de la paire de devises et reste probablement nécessaire. C’est peut-être là que le principal risque se situe, en particulier à l’approche du discours du gouverneur de la Fed au Symposium de Jackson Hole de demain. Kevin Warsh doit faire amende honorable après l’erreur de communication de juillet. Nous partons du principe qu’il fait ce qui est nécessaire pour préserver la crédibilité de son institution.
Le cours AUD/USD vers un seuil de résistance proche de 0,72