La MNB nage à contre-courant, avec succès
La Banque nationale hongroise (MNB) poursuit sans relâche son audacieuse offensive estivale. À contre-courant de la tendance actuelle, elle a abaissé hier pour la troisième fois consécutive son taux directeur de 25 points de base, à 5,5%. En septembre, une évaluation de la stratégie à adopter au dernier trimestre suivra, avec un nouveau rapport sur l’inflation. Les marchés monétaires hongrois estiment qu’il peut y avoir au moins un abaissement supplémentaire.
La MNB a le vent en poupe. Depuis le deuxième trimestre, la fin de l’ère Orban compresse fortement les primes de risque hongroises. Le cap pro-européen du parti Tisza du Premier ministre Magyar et le rapprochement avec la zone euro se manifestent à la fois par une devise plus forte et par des taux hongrois (à long terme) réduits. Pour la banque centrale, c’était souvent la situation inverse (affaiblissement du forint; taux élevés) qui était le facteur décisif et restrictif.
Du fait de cette stabilité financière, la banque centrale peut se consacrer à son mandat relatif à l’inflation. En juillet, l’inflation hongroise est tombée de 1,7% en glissement annuel à 1,2%, le niveau le plus bas depuis novembre 2016; c’est en deçà de ce que la banque centrale espérait dans son rapport sur l’inflation de juin et bien en dessous de l’objectif de 3% (± 1%). En outre, les anticipations inflationnistes des ménages hongrois sont plus faibles qu’au début de l’année. Ces derniers mois, même les entreprises ont revu les leurs à la baisse. Pour cette année et l’année suivante, la banque centrale s’attend à ce que l’inflation hongroise reste inférieure à 3% et n’évolue vers l’objectif qu’au premier semestre 2028. Ce contexte offre une marge pour assouplir encore la politique monétaire.
Pour préserver sa liberté et sa crédibilité retrouvées, la centrale hongroise ne jure que par le maintien d’un taux directeur réel positif (corrigé de l’inflation). En même temps, elle réalise qu’il y a des limites à la distance qu’elle peut parcourir en nageant contre le courant des grandes banques centrales. À ce jour, les marchés monétaires tablent sur deux relèvements de taux supplémentaires pour la BCE (dont un en septembre); au moins un pour la Fed (en décembre); jusqu’à trois pour la Banque du Japon (dont deux d’ici janvier 2027); et deux pour la Banque d’Angleterre (à partir de décembre).
Pour l’instant, le marché garde confiance en la banque centrale. Mais un “danger” spécifique se profile. Il n’y a d’ailleurs pas qu’en Hongrie qu’il menace. Au début de cette semaine, le ministre hongrois des Finances a averti que le déficit budgétaire s’élèverait cette année à 7,5% du PIB! Le gouvernement fait surtout porter le chapeau à son prédécesseur, le gouvernement Orban n’ayant pas ménagé la dépense pour tenter de renverser la vapeur à l’approche des élections parlementaires. Le ministère affirme que sans les mesures correctives prises par le gouvernement Magyar, le déficit aurait même été de 8,3%. Du fait de la sécheresse et de la crise énergétique, il sera difficile d’en faire plus cette année. En octobre, le gouvernement avancera le calendrier budgétaire des années à venir. Cette année, le ratio d’endettement hongrois devrait augmenter de 74,6% du PIB à 77,5%.
EUR/HUF: le forint laisse à la banque centrale une marge de manœuvre pour une politique moins restrictive