Le franc suisse recule d’un cran.
Ces jours-ci, il est souvent question des banquiers centraux qui renoncent au régime de la “forward guidance”. La communication sur la politique future a cessé d’être un instrument important par lequel les décideurs guident les marchés, comme c’était notamment le cas avant la pandémie. À la place, ils semblent considérer que la parole est d’argent, mais le silence est d’or. Après tout, dans un contexte incertain et qui évolue à toute vitesse, il n’y a pas beaucoup à gagner à trop s’avancer. C’est pour cela qu’aujourd’hui, nous devrons attendre l’annonce effective de la Fed pour découvrir les véritables intentions du président Warsh.
Mais il y a une banque centrale qui a toujours été trop avare d’indices sur sa politique: la Banque nationale suisse (BNS). Le marché se rue sur chaque miette d’information potentielle. De fait, au début de cette semaine, même des communications non officielles (en l’occurrence un rapport de Bloomberg, fondé sur les classiques “sources fiables” qui ne peuvent bien sûr rien dire) ont attiré l’attention. Et nous avons l’impression que cela n’a pas dérangé la BNS. Pourrions-nous aller jusqu’à la soupçonner d’un accès d’“informal guidance”?
Selon le rapport de Bloomberg, le débat interne au sein de la BNS est en train d’évoluer: elle envisagerait de laisser le taux inchangé, à 0,0%, jusqu’à fin 2027. Dans le contexte actuel, c’est vraiment très long. Certes, l’inflation suisse reste faible, ancrée dans la zone cible de 0%-2,0% que la BNS définit comme la stabilité des prix: en juin, elle s’élevait à 0,5% en glissement annuel, et l’inflation de base n’était même que de 0,3%. Dans ses perspectives après la réunion de juin, la BNS prévoyait que l’inflation resterait à 0,6% cette année et l’année suivante, avant d’atteindre 0,7% en 2028. Malgré tout, le marché s’attendait à ce que le taux finisse par être relevé de 25 pb, soit à la fin de cette année (probabilité de 60%), soit en mars 2027 au plus tard. Après la publication du rapport, ce calendrier a été reporté (au moins jusqu’à mi-2027). En juin, la banque a également réitéré sa volonté durable d’intervenir sur le marché des changes, si jamais le franc devenait trop fort et déprimait l’inflation. Elle l’a d’ailleurs fait au premier trimestre, au début de la crise iranienne (pour ± 4,0 milliards de CHF).
Entre-temps, la situation évolue dans le bon sens pour la BNS. La combinaison EUR/CHF cote actuellement à 0,933, contre un plancher (sommet pour le franc) autour de EUR/CHF 0,90 en mars. À la suite des rumeurs du début de cette semaine, l’affaiblissement du franc se poursuit. Dans un contexte où le marché s’attend à ce que la BCE et d’autres (grandes) banques centrales puissent (contraintes et forcées) relever le taux pour maîtriser l’inflation, l’écart de taux d’intérêt se creuse, au détriment du franc. D’un point de vue économique, les taux d’intérêt réels sont également importants; mais là encore, ils ne sont pas à l’avantage du franc. Compte tenu du degré élevé d’incertitude géopolitique, la demande de devises refuges comme le franc suisse est toujours susceptible de repartir à la hausse. Surtout dans un contexte où cette incertitude fait, entre autres, flamber les prix de l’énergie, l’on peut se demander si le franc ne figure pas en tête de liste.
À plus long terme, les fondamentaux économiques (inflation faible, position extérieure forte) favorisent toujours une hausse tendancielle du franc. À court terme? La BNS a apparemment réussi à conjurer le risque d’un franc trop fort. Dans la conjoncture actuelle, nous ne sommes peut-être pas encore au bout de ce mouvement de correction.
EUR/CHF: le franc suisse laisse derrière lui des sommets (historiques).