L’offensive estivale de la MNB
Mardi dernier, la banque centrale hongroise (MNB) a abaissé son taux directeur de 25 pb à 6%. Le dernier abaissement datait de février, la veille du début du conflit au Moyen-Orient. Jusqu’à cette semaine, la MNB est restée dans l’expectative. Budapest opte à présent pour une fuite en avant. La baisse de cette semaine sera suivie de plusieurs réductions suivront tout au long de l’été. KBC Economics ajuste ses prévisions et table sur des baisses de taux en juillet et août. En septembre, lorsque le taux d’intérêt s’élèvera à 5,5%, la banque centrale décidera, sur la base d’un nouveau rapport sur la croissance et l’inflation, d’une éventuelle normalisation supplémentaire de la politique à l’automne.
La MNB distingue deux piliers qui soutiennent les récents abaissements des taux et ceux à venir. En premier lieu, les perspectives d’inflation se sont considérablement améliorées. La banque centrale applique un objectif de 3%, avec une marge de tolérance de 1 ppt de part et d’autre. Elle prévoit une inflation annuelle moyenne de 1,8%-2,3%-3% pour la période 2026-2028. Les tableaux du rapport de politique de mars faisaient état de 3,8%-3,7%-3%. Les mesures de réduction des prix, notamment de l’alimentation, modèrent artificiellement l’inflation. Cependant, le point de départ est entre-temps si bas (1,8% d’inflation en mai) que même leur suppression immédiate ne compromettra pas l’objectif, selon les calculs de la MNB. Les prévisions sont au moins aussi importantes pour Budapest que l’évolution actuelle des prix. Là aussi, le pays est sous une bonne étoile. Sous l’impulsion de l’effondrement des prix de l’énergie, les ménages hongrois tablent sur une inflation de 4,8% l’an prochain. Lors de l’établissement du rapport de mars, la MNB devait encore compter avec 7,2%.
Le deuxième pilier repose sur le sentiment vis-à-vis des avoirs hongrois, plus précisément la devise. Le marché a adopté le pays d’Europe centrale dès lors que le parti pro-européen Tisza a succédé au Fidesz d’Orban. Fin 2024-début 2025, le Tisza évinçait le Fidesz dans les sondages. Depuis lors, le forint s’est dirigé de niveaux historiquement faibles et donc pro-inflationnistes autour de 415 EUR/HUF, vers des sommets pluriannuels proches de 350. Un taux directeur plus bas est possible sur la base de l’inflation et est même souhaitable en fonction de la croissance modérée, sans que la devise perde trop d’attrait.
Avec l’offensive estivale prévue, la MNB lance néanmoins un pari. Le léger étranglement du forint montre que la banque centrale doit encore se tenir à carreau. Le cours EUR/HUF se situe actuellement aux alentours de 355. Pas de quoi paniquer, mais un avertissement tout de même. D’autant plus que la Hongrie n’a pas toutes les cartes en main. Le risque le plus important pourrait venir de l’autre côté de l’Atlantique. Le dollar américain a en effet le vent en poupe. Pour l’instant, une base technique et fondamentale solide peut maintenir cette situation. Le regain d’appétit pour le dollar crée des conditions plus difficiles pour les devises comme le HUF et, par extension, ses homologues d’Europe centrale. Dans ce contexte, le récent plancher du cours EUR/HUF aux alentours de 350 constitue un soutien fort/une résistance massive pour le forint. Une correction (estivale) ferait apparaître la zone comprise entre 364-368 et ensuite 375 du cours EUR/HUF comme la première référence technique.
Le cours EUR/HUF bénéficie d’un plancher solide proche de 350