Mesure de précaution pour la CNB
Hier, la banque centrale tchèque a relevé son taux directeur de 3,5% à 3,75%. Le premier relèvement des taux d’intérêt depuis juin 2022 n’est pas le début d’une série, selon les figures de proue de la CNB, malgré que toutes les options sont sur la table dans les mois à venir. La décision de la semaine dernière constituait plutôt une sorte de mesure de précaution face aux risques d’inflation croissants.
Si l’inflation tchèque fluctue déjà depuis début 2024 autour de l’objectif de 2%, l’inflation de base sous-jacente reste plus coriace. Au cours du semestre écoulé, elle s’élevait à un peu moins de 3%, sans signe d’amélioration. Une politique monétaire un peu plus restrictive pourrait faire une différence, d’autant plus que les risques haussiers augmentent. Ainsi, la pénurie sur le marché du travail persiste, ce qui se traduit par une forte croissance salariale (+8,1% en glissement annuel au premier trimestre), en particulier dans le secteur des services. La spirale salaires-prix auto-alimentée fait grimper les prix de l’immobilier tchèque et soutient la croissance via la consommation domestique. Des déficits budgétaires plus importants (État) et davantage d’octrois de crédits (secteur privé) ornent également le tableau inflationniste de la CNB. De plus, bien que l’accord intérimaire entre les États-Unis et l’Iran entraîne à court terme une baisse bienvenue des prix de l’énergie, il n’est pas encore question de pression sur les prix, notamment du transport et de l’alimentation. Par rapport à la longue liste des risques haussiers, la déclaration de politique de la CNB énumère plutôt brièvement les scénarios disinflationnistes. Ils se concentrent principalement sur une croissance plus faible (Moyen-Orient, guerre commerciale, Ukraine) via plusieurs partenaires d’exportation européens majeurs et d’éventuelles corrections apportées aux valorisations d’actifs.
La CNB s’est montrée clairement avare d’orientations pour la ou les prochaine(s) réunion(s). Ales Michl, le gouverneur de la CNB, est également resté détaché lors de la conférence de presse. D’une part, cela indique une réticence pour des interventions rapides. La semaine dernière, un seul des sept membres a voté contre le relèvement des taux d’intérêt. D’autre part, la banque centrale attend vraisemblablement le nouveau rapport sur l’inflation (6 août) et s’appuie avec résignation sur la politique de la BCE. Comme en Europe, le marché monétaire tchèque tient compte pour l’instant d’(au moins) un autre relèvement des taux d’intérêt.
En ce qui concerne la BCE, l’économiste en chef Philip Lane a déjà ouvert une brèche la semaine dernière. Il constate que le haut de la fourchette théorique pour le niveau du taux directeur neutre en Europe passe de 2,25% à 2,5%. Le taux d’équilibre neutre est suffisamment élevé pour orienter l’inflation vers l’objectif de stabilité et suffisamment bas pour insuffler de l’oxygène à l’économie. En principe, la BCE peut facilement emprunter la direction de la neutralité pour faire face aux risques de hausse de l’inflation. Philip Lane s’attend à ce que l’inflation reste supérieure à 3% en Europe cette année. Le gouverneur de notre Banque nationale, Guillaume Pierre Wunsch, a déjà fait un pas de plus et n’exclut pas un nouveau relèvement des taux d’intérêt en juillet. Les marchés monétaires européens estiment pour l’instant ce scénario à 17% et se jettent leur dévolu sur septembre (86%). Cette semaine, toutes les têtes sont tournées vers l’audition de la présidente de la BCE, Chrisitne Lagarde, devant le Parlement européen (cette après-midi), les indicateurs de confiance PMI (demain) et les anticipations inflationnistes dans l’enquête auprès des consommateurs de la BCE (vendredi) pour en savoir plus sur les orientations.
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