Des PMI comme on le craignait...
Les données sont-elles encore pertinentes dans un contexte où les informations économiques sont souvent dépassées avant même que l’encre ne sèche ? Les banques centrales ont difficilement d’autre choix que d’objectiver leur politique sur la base de données potentiellement biaisées. Lors de la conférence de presse de la semaine dernière, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a énuméré cinq sujets que la banque suit de près pour le calibrage de sa politique.
1. Les prix sur les marchés des matières premières.
2. Les perturbations dans les chaînes d’approvisonnement.
3. Les indications sur la manière dont (et la rapidité avec laquelle) les entreprises adaptent leurs prix de vente.
4. L'évolution de la demande telle qu’elle ressort des enquêtes.
5. Les indicateurs sur la formation des salaires.
Tous ces facteurs doivent permettre d'évaluer les effets de second tour sur l’inflation. C’est la principale préoccupation de la BCE. Les enquêtes de confiance des entreprises PMI de ce matin sont donc auscultées à l'aune de cette liste. En tout état de cause, il s'agit du premier véritable baromètre de l’économie de l’UEM publié après le déclenchement de la nouvelle guerre du Golfe.
Le titre du communiqué de presse laisse peu de place au doute : la croissance de la production dans l’économie de la zone euro ralentit tandis que les coûts des intrants atteignent leur niveau le plus élevé en plus de trois ans. L’activité économique est quasiment à l'arrêt. L’indice des directeurs d’achats (PMI) global est passé de 51,9 à 50,5, soit très légèrement au-dessus du niveau de 50, qui marque la frontière entre croissance et contraction. C'est surtout le secteur des services qui est en perte de vitesse (de 51,9 à 50,1). L’industrie manufacturière résiste mieux pour le moment (51,7), avec une mention honorable pour l’Allemagne. En France, la situation ne cesse de s'empirer (de 49,9 à 48,3). Pour le reste de l’Europe, S&P (qui publie les indices) fait état d'une croissance limitée.
Comme le montre la liste de Lagarde, la BCE se préoccupe avant tout, dans le cadre de son mandat, de la manière dont l’équilibre entre l’offre et la demande se répercute sur les prix payés par le consommateur final. L’enquête PMI n’a rien de rassurant sur ce plan. L’inflation des coûts s’accélère à son rythme le plus rapide depuis février 2022, en particulier dans le secteur manufacturier. Et les entreprises commencent également à répercuter la facture sur le client (rythme le plus rapide depuis février 2024). L’enquête PMI indique également que la guerre au Moyen-Orient provoque déjà un net ralentissement et des perturbations dans l’approvisionnement des entreprises manufacturières (le pire niveau depuis août 2022). Parallèlement, les entreprises diminuent leurs stocks d’intrants et de produits finis. Dans sa conclusion, S&P sonne l'alerte de la stagflation. La croissance européenne menace de stagner au premier trimestre (0,1 % selon le PMI). En ce qui concerne l’inflation, S&P estime que l’enquête pointe une inflation d’environ 3 % à court terme, avec des coûts qui maintiendront une pression à la hausse sur les prix de vente dans les mois à venir. S&P en arrive donc à la conclusion que la BCE n’est plus bien positionnée ("a good place"). Petit point sur le marché : après la publication des PMI, celui-ci évalue à 75 % la probabilité d’un relèvement de taux de 25 points de base en avril et de près de 75 points de base cumulés d’ici la fin de l’année. Les cartes du marché seront donc déjà redistribuées au moment où la BCE ajustera sa liste de priorités.
Taux swap à 2 ans de l’UEM : le spectre de la stagflation maintient les taux à court terme élevés.