Réaction des marchés influencée par les prix de l’énergie
L’opération Epic Fury fait également honneur à son nom sur les marchés financiers. Il est d’ores et déjà clair qu’il ne s’agira pas d’une énième tension géopolitique temporaire qui s’estompera rapidement. L'Iran riposte aux attaques israélo-américaines par des frappes chaotiques de drones de l'autre côté du golfe Persique. Objectif no 1 : toucher tout ce qui arbore le drapeau américain, des ambassades aux bases militaires, en passant par les centres de données d'Amazon. Cela ne facilite pas la coordination de la défense américaine. De plus, un risque de déséquilibre existe entre les systèmes antiaériens américains, coûteux et rares, et les drones iraniens artisanaux et bon marché. Objectif no 2 : faire le maximum pour perturber l’approvisionnement en énergie du Moyen-Orient. Et c’est là que le bât blesse.
Le plus grand hub de production et d’exportation de GNL au monde, représentant environ 1/5e de l’offre de gaz mondiale, est à l’arrêt depuis deux jours à la suite d'une attaque de drones. Force majeure, selon QatarEnergy. Le contrat de référence européen pour les prix du gaz, le TTF future, est passé de 32 euros/MWh fin de la semaine dernière à 45 euros hier et 59 aujourd’hui, renouant ainsi avec les niveaux les plus élevés depuis la crise énergétique de 2022. L’Europe se retrouve une nouvelle fois dans le pétrin. Après avoir vu le modèle économique européen/allemand, fondé sur un gaz bon marché, mis à mal par l'invasion russe, le continent s'est tourné en premier lieu vers les États-Unis et ensuite vers le Qatar pour répondre à ses besoins énergétiques. Outre l’arrêt de production mentionné ci-dessus, la fermeture/prise de contrôle du détroit stratégique d’Ormuz par les forces iraniennes constitue également une menace pour le réapprovisionnement des réserves énergétiques européennes.
Les actifs européens subissent de fortes pressions à la vente. L’EuroStoxx50 a déjà perdu plus de 6 % par rapport à son record absolu de jeudi dernier. L’indice teste son plancher annuel, qui coïncide avec le sommet autour de 5820 de novembre dernier. En cas de rupture, nous envisageons dans un premier temps une correction de 38 % sur le rebond enregistré depuis le mouvement de panique provoqué par le Liberation Day (5565). Ce niveau coïncide avec le plafond de mars 2025. Sur le marché des changes, le cours EUR/USD est tombé sous son premier niveau de support technique à 1,1742. Le plus bas de l'année, à 1,1573, se situe déjà à portée de main. Viennent ensuite 1.,469 et 1,1392. Hier, la paire EUR/CHF a plongé à 0,90, le cours le plus élevé jamais atteint par le franc suisse, si l'on excepte la période de volatilité du début 2015. Le statut de valeur refuge de la monnaie s'ajoute à la faiblesse de l'euro et place la banque centrale suisse en état d'alerte maximale. L'institution a ainsi fortement intensifié ses menaces (verbales) sur les taux de change.
Les taux d'intérêt européens sont en hausse pour la deuxième journée consécutive. La courbe s'aplanit. Les taux à court teme ont de nouveau gagné jusqu'à 8 points de base. Le marché est désormais clairement convaincu que la prochaine intervention de la BCE sera un relèvement de taux. Une hausse prolongée des prix de l’énergie risque en effet de raviver/alimenter le feu de l’inflation. Les banquiers centraux se montrent extrêmement vigilants et veulent éviter que le scénario d'il y a quatre ans se répète. Nous observons le même phénomène aux États-Unis et au Royaume-Uni, où le marché ne prévoit soudainement plus qu'une seule baisse de taux supplémentaire cette année. En ce qui concerne la Banque d’Angleterre, la probabilité d’un asssouplissement en mars est ainsi passée d’environ 85 % fin de la semaine dernière à seulement 25 % aujourd’hui. Cela permet de mieux comprendre pourquoi la livre sterling parvient pour l'instant à limiter les dégâts dans un climat d'aversion pour le risque sur les marchés.
Le taux swap à 2 ans dans l'UE teste son plus haut de décembre. Prochain mouvement de la BCE : un resserrement !